Saint Isidore en Bretagne
Yves-Pascal Castel




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Saint Isidore en Bretagne
Une publication de Yves-Pascal Castel



Le Finistère

Saint Isidore le Laboureur, célèbre en Espagne comme patron de Madrid, reçoit sa part d'honneur en Bretagne. Dans le Finistère, département auquel se borne la présente enquête, l'église paroissiale de Botmeur lui est dédiée ainsi que deux chapelles, d'ailleurs détruites, au Relecq-Kerhuon et à Scrignac. Si, par ailleurs, on prend en compte les sanctuaires qui abritent une statue le représentant, Isidore, loin d'être un inconnu, jouit d'une belle audience. La statistique extraite du "Nouveau Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Quimper et de Léon", établie sur cinquante-trois saints personnages, place notre espagnol au trente-cinquième rang, entre saint Cado et saint Maurice, deux personnages qui eux sont bien du cru.

Une population essentiellement rurale ne pouvait qu'être heureuse de réserver dans ses sanctuaires une place au valet de ferme qui, sous le tranchant de sa bêche vit jaillir une bonne source. Le paysan ahanant au long de son sillon enviait aussi sans doute le mystique laboureur qu'un ange mystérieux relayait au mancheron de la charrue pendant qu'il tombait en extase. Par suite, quoi de plus parlant que de présenter au paysan chrétien, le saint paysan accompagné d'attributs on ne peut plus symboliques: bêche, faucille, charrue miniature, gerbe de blé. Mieux encore, saint Isidore endosse le costume rural, devenant souvent vrai paysan breton.

Comme la canonisation de saint Isidore n'eut lieu qu'en 1622 sous le pontificat d'Urbain VIII, on ne peut s'attendre à trouver dans la pointe extrême de l'Armorique pas plus qu'ailleurs, des statues antérieures à l'époque classique.

La plus ancienne représentation pourrait être à Plouégat-Guerrand. Vêtu de hauts de chausse, guêtres, veste longue ouverte sur une chemise, Isidore est nue-tête. Le chapeau posé sur l'avant-bras serré contre la poitrine rappelle le geste de déférence du Pauvre conduit par le Riche devant saint Yves dans sa fonction de juge. De l'autre main, Isidore tient un chapelet. Tandis que la faucille a sa lame assurée sur le bras droit, la bêche est serrée en main gauche. L'outil d'allure moderne est très différent des bêches de bois des statues de saint Fiacre dont le tranchant épointé se glisse dans une gaine de métal. On sait que le culte de saint Fiacre fort en faveur dans une société agricole et par conséquent ses statues sont plus anciens. On voit ainsi le culte d'Isidore relayer, en certains lieux celui plus ancien de saint Fiacre.

Du XVIIe siècle, date aussi le saint Isidore de Saint-Vougay dont le costume ressemble à celui de Plouégat-Guerrand. Mais il porte un bonnet enfoncé sur la tête et chausse de gros sabots de bois. On a ici un Isidore moissonneur, faucille brandie avec en main trois beaux épis de blé.

Comme les hauts de chausses des costumes anciens abandonnés dans le reste du pays continueront à être portées au long du XIXe siècle par les paysans bretons, les images de saint Isidore empruntent volontiers ce vêtement traditionnel. Louis Réau, dans son "Iconographie de l'art chrétien", parlera de "paysan du terroir". La langue bretonne précise paysan en "bragou bras", c'est-à-dire, porteur de "braies larges". Les braies de l'Isidore breton de Logonna-Daoulas, s'assortissent du gilet bleu à gros boutons maintenu par une large ceinture de flanelle rouge. Exemplaire exact de la mise du paysan aristocrate, un "julot", aurait-on dit dans le pays de Léon du côté de Pleyber-Christ ou de Saint-Thégonnec. Des souliers à larges boucles d'argent complètent l'arrangement qui ne comporte pas de coiffure. L'Isidore de Logonna dresse haut la tête, fier de présenter sa gerbe aux beaux épis.

Le saint Isidore de Saint-Yvi est plus ruralement typé. L'oeuvre d'allure rudimentaire est faite par un artisan qui complète le costume breton, par un chapeau de feutre à larges bords. Son saint personnage pose dans l'attitude de l'ouvrier fier de présenter l'outil avec lequel il travaille. Sa bêche est une vraie bêche rapportée du champ et la faucille une vraie faucille décrochée au râtelier de la grange.

A Saint-Méen, le Saint-Méen du Finistère, et non le Saint-Méen-le-Grand d'Ile-et-Vilaine, un artiste de notre siècle compose, à l'instar de ces statues dressées pour glorifier les laborieux travailleurs, un Isidore paysan, déclamatoire à souhait. Campé avec sa bêche qu'il tient comme une arme de combat, il dresse le bras gauche vers le spectateur qu'il interpelle. Le sculpteur populaire n'a, en outre, pas oublié de suspendre une gourde à la ceinture de son héros paysan.

Une des dernières images de saint Isidore en Finistère est celle qu'a dessinée en notre temps Pierre Toulhoat, l'artiste de Quimper pour la bannière de Clohars-Fouesnant. Dernier avatar de la représentation traditionnelle "Sant Izidor" avec sa faucille, l'opulente gerbe de blé se coiffe du grand chapeau de paille. Sur les bordures de la bannière les palmettes, les rosettes, les coeurs et les volutes sont autant de motifs traditionnels qui permettent de reconnaître à tout coup les productions que l'imagier breton contemporain a répandu à foison.

Yves-Pascal Castel
15 nov. 2001


Compléments
Eglises et chapelles des Côtes-d'Armor où saint Isidore est honoré

Bringolo: église Notre-Dame (statue du retable)
Hénon: chapelle détruite Saint-Germain (saint Isidore était honoré le jour du pardon, fin juillet)
Louargat: église Notre-Dame-des-Neiges (statue en plâtre du 20e siècle)
Mael-Pestivien: chapelle aussi appelée "Iliz Gwen"
Plésidy: chapelle Saint-Yves, primitivement dédiée à Saint-Jacques (statue)
Le Vieux-Marché: chapelle des Sept-Saints (statue)

Eglises et chapelles du Finistère où saint Isidore est honoré

Botmeur: église saint Eutrope et saint Isidore (pas de statue)
Brélès: église Notre-Dame
Clohars-Carnoët: église Notre-Dame
Clohars-Fouesnant: chapelle du Drennec
Crozon: chapelle Saint-Fiacre
Lannilis: chapelle Saint-Sébastien
Logonna-Daoulas: église Saint-Monna
Mellac: église Saint-Pierre-aux-Liens
Ploéven: chapelle Saint-Nicodème
Plouégat-Guerrand: église Saint-Agapit
Rédéné: chapelle de Rosgrand
Le Relecq-Kerhuon: chapelle Saint-Isidore (détruite)
Saint-Divy: église Saint-Divy
Saint-Méen: église Saint-Méen
Saint-Vougay: église Saint-Vougay
Saint-Yvi: chapelle de Locmaria-an-Hent (statue, vers 1800)
Scrignac: chapelle Saint-Isidore (détruite)

Eglises et chapelles de Loire-Atlantique où saint Isidore est honoré

Aigrefeuille-sur-Maine: église (vitrail)
Châteaubriant: église Saint-Nicolas (tableau de la première moitié du 17e siècle par José Leonardo)

Autres lieux:

Machecoul: presbytère (peinture sur toile de 1950)

Eglises et chapelles du Morbihan où saint Isidore est honoré

Baden: chapelle Saint-Mériadec (également dédiée à Saint-Isidore)
Bignan: église Saint-Pierre et Saint-Paul (statue dans la boiserie du transept)
Bréhant: chapelle Saint-Isidore
Carnac
Cléguérec: église (statue 19e siècle)
Crac'h: église Saint-Thuriau (statue à droite du retable)
Guern: église Saint-Pierre et Saint-Paul (statue)
La Croix-Helléan: église (statue du retable)
Hennebont: église Saint-Caradec (statue)
Kergrist: église Saint-Pierre et Saint-Paul (statue du retable)
Landévant: chapelle Saint-Laurent (statue volée)
Languidic: chapelle Saint-Urlo (statue)
Le Palais
Locmalo: (première moitié du 17e siècle)
Melrand: chapelle Notre-Dame-du-Guelhouit (le retable se compose de 24 panneaux représentent sa vie)
Moustoir-Remungol: chapelle Saint-Laurent (statue maintenant exposée dans le château féodal de Pontivy)
Noyal-Muzillac: église Saint-Martin (statue 19e siècle)
Noyal-Muzillac: chapelle Notre-Dame-de-Grâces (statue)
Noyalo: église Sainte-Anne (tableau du 19e siècle)
Ploemel: église Saint-André (niche du retable)
Plouay: chapelle Saint-Vincent (statue 19e siècle)
Pluméliau: chapelle Saint-Nicodème (retable)
Pluvignier: chapelle Notre-Dame-de-la-Miséricorde (statue du retable)
Pontivy: église Sainte-Tréphine (statue du 17e siècle)
Quéven: chapelle Saint-Nicodème (statue)
Rohan: église Saint-Samson (statue)
Saint-Avé: chapelle Notre-Dame-du-Loc (statue)
Séné: église Saint-Patern (statue)
Silfiac: église Saint-Pierre (statue représentant saint Isidore en semeur)
Sulniac: chapelle Sainte-Marguerite (statue)
Surzur: église Saint-Symphorien (statue du retable)
Vannes: cathédrale Saint-Pierre (statue du retable Notre-Dame de Miséricorde, début 18e siècle)
Vannes: église Saint-Patern (retable Saint-Isidore)

Lieux-dits:

Lanester: Parc à bois de Saint-Isidore

Notes sur le costume en Bretagne entre 1600 et 1800

Les représentations de saint Isidore comptent parmi celles qui nous renseignent le mieux sur le costume du paysan en Bretagne entre 1600 et 1800.

Jusqu'au début du 18e siècle il n'y a pas de particularisme breton: le justaucorps est court et boutonné du haut en bas, la culotte est bouffante, la chevelure n'est ni longue ni courte (voir la statue du 17e siècle de l'église Sainte-Tréphine de Pontivy).

A partir de 1675, sous l'influence de Louis XIV, le justaucorps se portera long et la culotte serrée.

Au début du 18e siècle, on voit apparaître une tendance nouvelle: à la place du justaucorps on porte une veste et un gilet (voir la statue du retable Notre-Dame de Miséricorde dans la cathédrale Saint-Pierre de Vannes).

Les premiers costumes dits "bretons" apparaissent vers 1800., Il n'y a plus de justaucorps mais une veste et un gilet, le chapeau est petit, les cheveux sont longs (voir la statue de la chapelle de Locmaria-an-Hent en Saint-Yvi). C'est à cette époque que le costume commence à se diversifier, chaque région adopte le sien: bragou braz ou bragou berr, veste plus ou moins ample, gilets croisés ou non.

Référence: "Ils ont des chapeaux ronds. Vêtements et costumes en Basse-Bretagne". Ouvrage collectif. Musée départemental breton, Quimper. 1990. 136 pages illustrées.

Si vous avez d'autres informations sur les représentations de saint Isidore en Bretagne, merci de les signaler.
E-mail: yvon.autret@basse-bretagne.org