Plouénan
La chapelle de Kérellon. Yves-Pascal Castel et Joël Lubin 2012




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Résumé

La chapelle de Kérellon n'est pas ce qu’il est convenu d’appeler une vieille chapelle bretonne. Il s'agit pourtant d'un sanctuaire très ancien du Haut-Léon. L'abbé Prigent, recteur de Plouénan, écrivait en 1857 que "La chapelle de Kerellon est un lieu de pèlerinage comme Notre-Dame de Pratcoulm, Notre-Dame de Berven, Notre-Dame de Lambader". Elle est située au bord d'une voie ancienne appelée « Bali Kastell », littéralement l'allée du château, Kastell-Paol étant la forme bretonne du nom Saint-Pol-de-Léon. Cette voie descend en ligne droite vers le sud depuis Saint-Pol jusqu'aux Monts d'Arrée. Elle croise ou s'embranche sur un ensemble d'anciennes voies romaines: Morlaix-Saint-Pol, Morlaix-Lesneven-St-Renan/Brest, Morlaix-Le Faou, Morlaix-Landerneau-Brest, et Carhaix-Aber-Wrac'h.

La dévotion à Notre-Dame de Kérellon, toujours vivante, remonte à loin dans le passé. « A Plouénan, écrivait en 1647, le Père Cyrille Le Pennec, vous ne pouvez pas manquer de voir et visiter une dévote chapelle, appelée N. D. de Kerellon, non loin du bourg parochial… ». En 1847, le recteur de Plouénan écrit que le pèlerinage à Kerellon « a perdu de sa vogue ». Un peu loin, il écrit de manière un peu contradictoire qu’on a recours à Kerellon pour les malades, les défunts, « les soldats de la dernière guerre », celle de Crimée (1854-1855). Le recteur Prigent cite même une touchante anecdote : « Un soldat de Mespaul, avant même d’aller embrasser ses parents, est venu déposer au presbytère de Kerellon la somme de dix francs, qu’il avait, disait-il, sur le champ de bataille, et au plus fort de la mêlée, promis de donner à Notre-Dame de Kerellon s’il avait le bonheur de se sauver ».

La chapelle a été remaniée en 1897 et sa longueur réduite d'un tiers. Le lambris bleu de plafond est uni, sans nervures et sans bouts de poinçons. Les deux poutres carrées qui subsistent dans les ailes sont dépourvues d'engoulants, ces gueules de monstres qu’on voit souvent ailleurs. Les sablières courent en haut des murs sans autre ornement qu’une étroite corniche moulurée. S'il ne reste rien du jubé mentionné en 1692, la chapelle conserve quand même une série d'éléments anciens, notamment sa fontaine, les sept baies aux remplages de style rayonnant du XIVe, et les deux arcs qui ouvrent sur les bras latéraux.

La chapelle possède douze statues qui relèvent de plusieurs époques. Dans le choeur se dresse la très belle statue de Notre-Dame de Kerellon. A sa droite, se tient un évêque, en bois polychrome, au revers profondément évidé, du XVIe siècle. Sainte Claire et sainte Barbe sont également représentées dans le choeur. Pour le vêtement de saint Barbe, le sculpteur du XVe siècle joue habilement avec les plis des tissus. Une petite sainte Marguerite trouve sa place tout en haut du retable du maître-autel. Sainte Catherine se trouve dans l'aile sud avec à ses côtés sainte Thérèse. Dans l'aile nord on trouve saint Paul et saint Joseph. Dans la nef c'est saint Roch en bois polychrome du XVIe siècle. En face, la statue de saint Laurent est empreinte du style hiératique du XVe siècle.

Ce sont les cinq grands tableaux qui vont faire de Kerellon un petit musée de peinture. Dans le choeur, le grand tableau au sommet cintré, une « Assomption de la Vierge » occupe l’espace central du retable. Signé : JH ROBINAUD 1831, il serait l’oeuvre d’un peintre de Saint-Pol-de-Léon

Dans le bras nord de la chapelle, le tableau des «Ames du Purgatoire » est signé, en bas à gauche, STEPH. BARTH. GARNIER 1835.

Dans le bras de droite s’alignent trois autres tableaux qui occupent le mur d’un bout à l’autre. «Saint-François d’Assise recevant du Christ la confirmation de sa Règle », est une toile sans date ni signature. Le tableau voisin, « Jésus au jardin des Oliviers » est signé FR. LUC GUILLOU P(INXIT) 1734.

Le cinquième tableau de Kerellon est signé et daté par le même peintre que celui du retable du choeur : JOSEPH ROBINAUD 1831. Sa « Donation du Rosaire à saint Dominique et sainte Catherine de Sienne » présente quelques originalités. Dominique, visage et bras levés, est seul à recevoir le Rosaire. Catherine de Sienne de son côté plongée dans une contemplation intérieure. Autour de la scène centrale les quinze médaillons du Rosaire sont disposés de manière à dérouter la lecture habituelle. La lecture descendante pour les Mystères Joyeux à gauche, se fait montante pour les Douloureux à droite. Quant aux mystères Glorieux ils s’alignent en haut à l’horizontale et contrairement à nos habitudes de lecture ordinaire, il faut les suivre en allant de droite à gauche…

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Y.A.
Avril 2012