Trémaouézan
Abbé Mével 1924




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Avertissement

Le texte ci-dessous est une version réduite de la monographie écrite en 1924 par l'abbé Mével. Les textes entre crochets correspondent aux notes de bas de page.

Notice sur la paroisse de Trémaouézan (Finistère)
Imprimerie de la Presse Libérale, 4, rue du Château
Brest 1924

La paroisse

Trémaouézan est une petite paroisse de cinq cents et quelques habitants, assise sur le plateau du Léon, à six forts km. au Nord de Landerneau. Trève ou subdivision de Ploudaniel jusqu'à la Révolution, elle est depuis oette époque paroisse autonome, et commune. Elle est limitée au Sud par la paroisse de Plouédern, à l'Ouest et au Nord par celle de Ploudaniel, et à l'Est par Plounéventer. Un bon tiers de sa superficie, qui comprend 830 hectares, est occupé par une plaine marécageuse où prend naissance un des principaux affluents du petit fleuve côtier l'AberVrac'h. Cette plaine, qui a nom Langazen [La carte d'Etat-Major porte Langazel, mais dans le pays on dit plulôt Langazen, ou Langazan], et dont une maigre végétation d'ajoncs et de bruyères recouvre à peine la nudité, a dû porter autrefois une belle forêt, car là où l'on sonde pour établir des canaux de drainage, ou pour chercher de la tourbe, on trouve d'énormes troncs d'arbres à moitié pétrifiés, ensevelis plus ou moins profondément dans la vase du marais.

Jusqu'à il y a environ cinquante ans, le pays produisait beaucoup de lin, et les toiles de Trémaouézan étaient renommées. Cette industrie a été abandonnée, et la population d'aujourd'hui vit uniquement de la culture du blé et de l'élevage du bétail.

Le Nom

On entend rarement les gens de Trémaouézan prononcer tout au long le nom de leur localité. Le plus souvent ils ne l'appellent que an Dré, la Trève.

Aux XVIe et XVIIe siècles, les papiers de la paroisse portent Treffmaouezan et Treffmaouezen. Dom Maurice nous fournit une forme de 1361 assez différente, Trémagoezou [D. Maurice, Preuves, 1563].

Le préfixe tré ou treff [Vieux breton treb ; moyen-breton tref, habitation, subdivision de la paroisse ; cf. le latin tribus, famille, tribu. - V. Lotlh , Chrestomathie bretonne 21, 168 et 234 ; - Henry, Lexique étymologique des termes les plus usuels du breton moderne, au mot treb], par lequel commence le mot qui nous occupe .. se retrouve à la tête d'un grand nombre de noms de villages bretons. On peut remarquer que ces villages sont ordinairement importants, et que souvent il y a existé des manoirs ou des chapelles. Il n'est même pas rare d'y rencontrer des débris des époques gauloise ou gallo-romaine, preuve qu'ils sont habités depuis fort longtemps. Quelques-uns de ces tré sont devenus des trèves, c'est-à-dire des centres paroissiaux secondaires, formés sur un des points excentriques du territoire d'un plou (paroisse), pour les besoins cultuels des populations éloignées du guic ou bourg primitif. (a) Les grands plou avaient généralement une trève ou deux, voire même jusqu'à cinq et six, connue, par exemple : Ploudiry [Loc-Eguiner, La Martyre, Pencran, Pont-Christ, La Roche-Maurice et Saint-Julien de Landerneau]. Quant à Ploudaniel, on lui en connaissait deux  : Trémaouézan et Saint-Méen. Le pasteur de la mère-paroisse s'appelait recteur ; ceux des trèves portaient le nom de curé (vicaires, délégués), et dépendaient des recteurs qui venaient de temps en temps, principalement aux grandes fêtes, faire le prône de la grand'messe dans leurs trèves.

Le mot maouézan qui suit le préfixe tré dans Trémaouézan est plus difficile à déchiffrer. Il y a apparence cependant que c'est un nom de personne et même le nom d'un saint breton. (c).

Pour quelques érudits [Il faut rapporter l'origine de Trémaouézan au culte d'un personnage nommé Mouezan, c'est-à-dire Moïse ... On ne connaît rien de saint Mouezan. Echo paroissial de Brest, 19 juillet 1908 ... - « Trémaouézan : trèye de l\Iaouezan, aujourd'hui Moysan  ». Toscer, Le Finistère pittoresque, Léon, p. 307] Maouézan est identique à Moïsan, nom que l'on rencontre assez souvent dans nos vieux cartulaires, et, d'après eux, Trémaouézan serait la trève de Maouezan ou Moïsan, c'est-à-dire, Moïse. Une paroisse de notre diocèse s'appelle Plouégat- Moysan. Moysan ici est-il le nom d'un saint aujourd'hui inconnu ou simplement le nom d'un seigneur bienfaiteur de cette paroisse? Nous l'ignorons. M. de Courcy [Nobiliaire au mot Fontenay] mentionne en Plouza né un village nommé Lan-Moysan. Lan, quand il signifie monastère - et le cas est très fréquent - est ordinairement suivi d'un nom de saint breton. Malheureusement il n'y a pas de village de ce nom ni en Plouzané ni en Locmaria, son ancienne trève, et, s'il a existé, il serait assez. étonnant qu'il ait disparu sans laisser de trace . En tout cas, si l'on veut trouver Moysan ou Moyse dans le mot Trémaouézan, il ne faudrait pas y voir le nom du grand législateur les Hébreux, bien qu'on puisse être tenté de le croire quand on épèle le nom de la paroisse-mère Ploudaniel, la paroisse de Daniel. Daniel et Moyse, n'est-il pas naturel de les trouver honorés l'un à côté de l'autre?

Mais c'est impossible. Dans tous les noms de nos paroisses anciennes, quand dans ces noms sont inclus des noms de saints, ce qui n'est pas rare, on ne trouve jamais que des noms de saints bretons [Cf. Loth. Les saints bretons, p. 4 et 5]. Nous ne connaissons qu'une paroisse en Bretagne qui paraisse renfermer le nom de Moyse : Mouazé, au diocèse de Rennes, était en 1086 l'église de Moyse (Moyseiensis ecclesia) [Guillotin de Corson. Pouillé historique de l'archevêché de Rennes. T. V. p. 318]. Mais si le nom de Mouazé est breton, comme il en a l'air, le Moyse auquel son église était dédiée ne peut être pour la raison donnée plus haut - une exception ici serait extraordinaire - le Moyse de l'Ancien Testament, ni non plus un des saints orientaux de ce nom que l'on trouve dans les calendriers, mais un Moyse breton aujourd'hui inconnu.

Le Daniel de Ploudaniel (en breton Plouzéniel) (d) n'est pas non plus le prophète de ce nom. Il est certain qu'il s'agit ici d'un autre Daniel, Daniel ou Deinioel, qui vivait au VIe siècle, fut le condisciple de saint Paul de Léon à l'école de Saint-Iltud, et devint le premier évêque de Bangor au pays de Galles.

Quant à l'ancienne forme Tremagoezou relevée plus haut, on peut se demander comment elle a fait son compte pour aboutir à la prononciation actuelle Trémaouézan.

Pour la finale ou devenue an on peut imaginer une erreur de scribe, un phénomène de nasalisation ou une double prononciation ancienne. On trouve Thurien pour Thuriau, Derrio pour Derrien, Sulien pour Suliau, etc. S'il s'agit du g de Magoezou, on sait que cette lettre se change en v ou même disparaît sans laisser de trace.

Ce qui ne nous avance guère, car il reste à savoir ce que magoezou ou magoezan veut bien dire.

Faut-il rapprocher magoezou du nom d'un village sis en Ploudaniel sur la frontière de Trémaouézan et qui s'appelle « an Gouezou  », lieux sauvages ou ruisseaux? Nous ne le pensons pas. Une combinaison de ce mot avec tré n'aurait pu nous donner que Trev an gouezou.

Avec le mot vieux-brelon mat-uuet(h)en, auquel on peut aussi penser, on aurait eu mavezen par mat-vezen.

Serait-ce Tre maes-goezou, trève dans la campagne du Gouezou ? L'explication est également inadmissible, car maes a un s dur qui ne disparaît pas en composition.

On pourrait encore songer à S. Maudez, Mawez dans les Iles anglaises  ; malheureusement on ne voit pas que S. Maudez ait jamais eu un culte dans notre trève, et puis, partout en Bretagne, le d de Maudez est resté.

Enfin, on peut formuler une autre hypothèse. Il se peut que Trémaouézan remonte à un ancien mat-woedan dont le t a disparu, comme il a disparu dans Catnemet devenu Caznemet, Caznevet et Canevet. Ici encore un nom de saint se présente, celui de S. Gouesnou, le Woed-novius de la plus ancienne vie de S. Paul. Gouezan, ici Woedan (Woezan) est peut-être une terminaison régulière de Gouez-Wed, a même titre que Gouézec, Woedoc (Gouesnou). Quoiqu'il en soit, S. Gouesnou est honoré à Trémaouézan depuis fort longtemps. Sa vieille statue, aujourd'hui au porche, se trouvait autrefois en place honorable dans l'église.

Les Moines

Suivant une autre tradition, Trémaouézan aurait jadis appartenu aux Menec'h-ruz, les moines rouges, c'est-à-dire les Templiers, et aux héritiers de leurs biens, les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.

Ce qui semble donner raison à cette tradition, c'est d'abord l'existence très ancienne à Trémaouézan du culte de Saint Jean, patron principal des Templiers, culte que rappellent une belle chapelle dédiée au saint Précurseur dans l'église, une fontaine monumentale, et des reliques du saint, vénérées de temps immémorial dans la trève.

Malgré ces indices, nous tenons pour certain que la tradition exagère. Aucun document écrit ne vient l'appuyer. Les Chartes du Duc Conan, qui contiennent la nomenclature des biens des Templiers et des Hospitaliers en Bretagne, ne fournissent aucun nom susceptible d'être identifié avec celui de Trémaouézan. Il est vrai que cette nomenclature ne semble pas complète, puisqu'elle se termine par un « et coetera  » et que les susdites Chartes donnent confirmation aux intéressés, tant pour leurs biens à acquérir que pour leurs biens acquis : « et cetera et acquisita et acquirenda  ». A la rigueur donc, on pourrait, nonobstant le silence de ces listes, soutenir que les Templiers et leurs successeurs ont possédé des biens à Trémaouézan.

L'église

Nous ne savons rien de l'église qui a précédé celle d'aujourd'hui, sinon qu'elle était l'objet d'une grande vénération puisque le testament d'Hervé de Léon, en 1361, lui assigne en don dix moutons d'or. [Dom Maurice, Preuves, I, 1563].

Quant à l'église actuelle, le Père Cyrille Le Pennec, dans son « Histoire des Eglises et Chapelles de Nostre Dame bastyes en l'Evesché de Léon  », qui fut imprimé à Morlaix en 1647, a laissé à son sujet les lignes que voici :

« Dans la paroisse de Ploudaniel, il ne se peut rien voir de plus celebre comme l'Eglise de Nostre Dame de Tremavouëzan ; la saincte Vierge a souvent honoré ce sainct lieu de grand nombre de preuves indubitables de sa benigne faveur à l'endroict de plusieurs qui se sont vouez à elle : ce que témoigne assez à clair la rare dévotion du peuple des paroisses et des villes circonvoisines, qui continue toujours à la fréquenter. Ceste belle chappeIle est artistement bastye et a la sacristie bien meublée de riches ornements et argenterie. Le seigneur baron de Penmarch a ses armes en supériorité dans le choeur et la neff ; dans le clocher, se voient les armes en bosse du très illustre seigneur Alain de Coativy, cardinal, avec celles de la seigneurie de Penmarch. Ceste dévote chappelle est grandement considérée et hantée, nommément en temps de peste et maladies contagieuses.  » [Dans la Vie des Saints d'Albert Le Grand, Edition Kerdanet, p. 507].

Coup d'oeil général

L'aspect de l'église de Trémaouézan est aujourd'hui à peu près le même qu'au temps où le Père Cyrille visitait en dévot pèlerin les sanctuaires de Notre-Dame dans le Léon. Seul le clocher a quelque peu changé de physionomie depuis son passage.

La partie de beaucoup la plus ornée de l'église c'est la façade Sud avec son magnifique porche de style Renaissance et, à côté de lui, un pignon gothique dans lequel s'ouvre une immense fenêtre flamboyante à quatre meneaux. Le chevet, à l'Est, est percé d'une ouverture de même forme et dimension que la précédente. Quant à la partie Nord de l'édifice, elle est moins exposée aux regards et aussi plus négligée.

A l'intérieur, le temple affecte la forme d'une équerre dont la grande branche est figurée par une nef accompagnée de bas-côtés, et la petite, par une chapelle ouverte dans le flanc Midi du choeur. Longue de 26m et large de 12, sans compter la chapelle de croix qui mesure 8 X 7, l'église est, on le voit, relativement vaste pour la petite population qu'elle dessert.

On ne saurait trop admirer la nef avec ses belles arcades et ses élégants piliers cantonnés de colonnettes et couronnés de chapiteaux feuillagés. Les bas-côtés, si souvent négligés dans nos églises rurales, sont ici embellis par des arcades à courbure originale, sortes d’arcs-boutants intérieurs dont les têtes viennent retomber sur les colonnes de la nef et sont du plus heureux effet.

On remarquera aussi, disséminés çà et là dans l'église, de petits bénitiers en pierre de Kersanton finement fouillée, les uns de style gothique, les autres dans le genre de la Renaissance.

Enfin, on n'oubliera pas d'accorder un regard aux curieux bustes que l'on a plaqués de distance en distance contre la corniche denticulée de la nef. D'un côté les hommes, de l'autre les femmes. On dirait que le sculpteur a voulu nous donner là, comme en une galerie, un double spécimen des différents représentants de la société du vieux temps. On croit en effet reconnaître, d'une part, des seigneurs, des magistrats, des négociants, des moines, des truands, et, en face, des dames de la cour, des religieuses, des bourgeoises, des femmes du peuple. Tout ce monde se regarde à travers la nef, les uns se souriant, les autres se dévisageant d'un air plutôt maussade...

Ces bustes, que nous avons pu contempler de près, nous ont semblé d'une exécution remarquable. Nous pensons qu'ils sont de 1599. C'est du moins la date qu'on lit sur la sablière du bas-côté midi, au-dessus de la porte d'entrée du porche.

Date de l'Eglise

Les dates gravées de tous côtés sur les murs de l'église, au chevet, à la chapelle de croix, au porche, au-dessus de la porte de la tour et dans le fronton de quelques fenêtres, indiquent les remaniements et agrandissements dont l'édifice a été l'objet au cours des siècles. Seule une date fait défaut, celle de la fondation première. Cherchons-la : L'architecture du XVe siècle est nettement accusée dans les arcades et les colonnes des quatre travées inférieures de la nef ; on la reconnaît également dans les sculptures qui ornent la porte double du fond du porche, dans quatre ou cinq fenêtres et dans les parties de la façade Ouest, que la restauration de 1714, dont nous parlons plus loin, a laissées intactes.

Le Père Cyrille a vu les armes du seigneur de Penmarc'h en supériorité dans le choeur et la nef : en effet, la famille de ce seigneur était « fondatrice et première prééminencière de l'église de Trémaouézan  » [Archives de Trémaouézan, acte prônal de 1676] et, dans cette famille, il y eut un Jean de Penmarc'h « qui fut prêtre et bienfaiteur de Tremaouezen, où l'on voit son tombeau [M. de Kerdanet, loc. cit., p. 104] ». Ce prêtre était même, en 1459 [Bull. de la Com. dioc. d'archit. et d'archéol. 1914., p. 123], recteur de Ploudaniel et, par conséquent, de Trémaouézan, qui n'en était qu'une subdivision. C'est donc, à n'en pas douter, à ce Jean de Penmarc'h que l'on doit l'église de Trémaouézan. Il eut pour coopérateur le cardinal Alain de Coëtivy, dont la famille était alliée à celle de Penmarc'h [Sa Soeur Alix avait épousé Henri de Penmarc'h (Kerdanet, loc. cit., p. 100)]. Ce prélat, qui n'avait « pas esté des derniers à contribuer de ses biens et richesses à la construction [Ibid, p. 100]  » de l'église du Folgoët, dût se montrer aussi généreux à l'égard de Trémaouézan. C'est pour cette raison qu'il eut le privilège d'avoir ses armes dans le clocher, à côté de celles de la seigneurie de Penmarc'h. Or Alain de Coëtivy, créé cardinal en 1448, mourut en 1474 [Alain de Coëtivy naquit le 8 novembre 1407 au manoir de Coëtlestrémeur, en Plounéventer. Il devint archevêque d'Avignon et fut élevé, le 20 décembre 1448, à la dignité de cardinal du titre de saint Praxède. Après avoir beaucoup contribué à faire élire Calixte III, en 1455, il fut envoyé l'année suivante comme légat en France et en Bretagne, pour la canonisation de saint Vincent Ferrier. C'est alors (17 juin 1456) qu' il obtint l'évêché de Dol en commande. Quand il venait en Bretagne, il résidait au château de Penmarc'h, en Saint-Frégant, pour être près de la dévote chapelle du Folgoat, nous dit le P. Cyrille Le Pennec. Il fut le grand bienfaiteur de cette église, et il s'y était fait préparer un tombeau, mais il mourut à Rome, le 22 juillet 1474, et fut enterré dans l'église de Saint-Praxède. V. Levot, Biographies bretonnes, art. Coëtivy, et A . Le Grand, Vie des Saints, EdiL. Kerdanet, p . 100, 120, 121, 148 et 236, 238]. D'autre part, en 1549, Jean de Penmarc'h devait toucher à la fin de son rectorat à Ploudaniel, car il semble que Yves Le Grand lui ait succédé tôt après. Ce serait donc entre 1448 et 1459 qu'il faudrait placer la construction de l'église de Trémaouézan [D'après une délibération du 17 juin 1792, l'église de Trémaouézan a été consacrée. Les membres du conseil général de la commune de la trève de Trémaouézan donnent à Jean Hamon, fabrique en charge, pouvoir et procuration de faire blanchir l'intérieur de l'église « et de renouveler les douze croix qui sont peintes sur les murailles, qui désignent la consécration de l'église de Trémaouézan, le tout conformément aux registres qui se trouvent dans les archives. " (Ecrit de la main de M. Huguen, desservant de la trève pendant la Révolution)].

Agrandissernent du Choeur

Jean de Penmarc'h et le Cardinal de Coëtivy laissèrent malheureusement leur oeuvre inachevée. Les arcades des bas-côtés, bien que prévues dans le plan des constructeurs, restèrent à faire ; une seule, celle qui est au bas du collatéral Sud avait été mise en place pour servir de modèles aux autres. Le choeur, qui s'annonçait très beau, fut également négligé. On devait l'entourer d'un chancel ou clôture en pierre dont on voit encore les amorces dans les piliers. de l'entrée du sanctuaire ; cette clôture est testée à l'état de projet. La mort est-elle venue surprendre Jean de Penmarc'h au cours des travaux ? On est tenté de le croire. Quant au Cardinal de Coëtivy, on peut conjecturer avec vraisemblance qu'il était aller porter ses libéralités sous d'autres cieux, si bien que l'on dût finir tellement quellement l'oeuvre qui avait été si bien commencée.

Une centaine d'années après la construction de l'église s'ouvre la période des remaniements et agrandissements. Les bâtisseurs primitifs avaient fait l'église un peu sombre. Les fenêtres qu'ils lui avaient données, de médiocres dimensions sur la façade Midi, étaient ridiculement petites du côté Nord. Elles étaient, en outre, bardées de fer et, sur quelques- unes de celles qui existent encore, se voient les traces des scellements et la place des barreaux.

Ces ouvertures constituaient donc des meurtrières plutôt que des fenêtres ; c'était une mesure de précaution : l'église primitive avait probablement subi de gros dommages au cours des incursions normandes et durant la longue et désastreuse guerre qui s'achevait ; [La guerre de Cent ans] on voulut donc que le nouveau temple fût à l'abri d'un coup de main et en mesure d'offrir, en cas de besoin, un refuge à la population qui vivait dans son voisinage. Telle est, croyons-nous, la raison de ces ouvertures étroites et du grillage protecteur qui les entourait.

La sécurité étant revenue, les tréviens, las de prier dans une église trop obscure, voulurent plus de lumière. On leur donna un commencement de satisfaction en agrandissant le choeur et en pratiquant de grandes fenêtres sur son pourtour.

Pendant qu'on remaniait ainsi l'extérieur du sanctuaire, on en refaisait l'intérieur. Deux arcades y furent construites dans le prolongement de celles de la nef, avec toutefois une légère inflexion à gauche quand on regarde le chevet. Mais on voit avec regret que les nouvelles arcades et les piles octogones qui les soutiennent sont beaucoup moins soignées que celles de la nef. Ce travail s'exécutait en 1555, date que l'on trouve à l'extérieur, au-dessus de la fenêtre de l'abside où un ange tient une banderolle sur laquelle on lit l'inscription suivante en caractères gothiques :

1555  : 0  : LETI 0 : BOURHIS

Ce sont probablement là des noms de marguilliers de l'église. Nous trouvons un O. Bourhis, fabrique en 1532 ; un Yves Leti remplit les mêmes fondions en 1597 et en 1600.

Après avoir refait le choeur, il fallait l'orner. On l'entoura d'une clôture en bois qui a été démolie il y a environ trente-cinq ans. Une tiare et une croix papale à trois branches, qui décore aujourd'hui la cloison terminale de la nef, devant la tour, sont les seuls restes de ce chancel.

Un autre monument, dont la disparition est plus ancienne, mais non moins regrettable. c'est le Jubé qui séparait le choeur de la nef et dont on trouve deux mentions dans les comptes de la fabrique, l'une en 1652 où l'on paye, à François Madec pour avoir fait des degrés pour monter au jubé, 45 livres ; l'autre, en 1658, où Yvon Blons lègue à l'église une parcelle de terre chaude, à condition d'avoir une tombe sous le degré du jubé dans la chapelle Saint Jean.

La chapelle de Saint-Jean=Baptiste

En 1597, l'église se trouva considérablement agrandie par l'adjonction d'une vaste chapelle appelée dans les papiers de la fabrique la chapelle de saint Jean, la chapelle de Mézarnou ou la chapelle neuve. Elle a été bâtie, dit-on, en reconnaissance d'une guérison obtenue par l'intercession du saint Précurseur, honoré de temps immémorial à Trémaouézan. Un jour, quelques personnes venant de la direction de Lesneven se rendaient en pèlerinage à Trémaouézan. Dans le groupe, il y avait une jeune fille aveugle. C'est pour elle que l'on venait. Parvenus à la lisière des bois de Ploudaniel, à l'endroit où l'on n'a plus devant soi que l'immensité plate des marais de Langazen, les voyageurs se mirent à genoux pour saluer le sanctuaire qui était le but de leur pieux pèlerinage, et adresser une fervente prière à Notre-Dame et à Saint Jean, guérisseur des maux de la vue. Au moment où l'on se relevait, la jeune aveugle poussa un cri de joie : elle voyait, elle ,apercevait au loin, dans une sorte de brouillard, le clocher de Trémaouézan. Les pèlerins poursuivirent leur chemin. Les prières qu'ils faisaient maintenant étaient déjà des chants de grâces, car le miracle qu'ils venaient demander était à moitié obtenu. On fut vite rendu à l'église, et, quand on en sortit, la guérison espérée était complète : Notre-Dame et Saint Jean avaient donné au sanctuaire où on les honorait une preuve de plus de leur bénigne faveur. La légende populaire n'a pas retenu le nom de famille de la miraculée. Les Tréviens ne l'appelaient que an Dimezel ven (la demoiselle blanche), sans doute parce que, vouée à la Sainte Vierge, elle parut souvent parmi eux tout de blanc habillée. On sait cependant qu'elle appartenait à une maison noble du pays, et que c'est à cette maison que l'on doit la chapelle Saint-Jean, ainsi que la croix dite Croas-al-Lan, dont il ne reste plus que le soubassement et qui s'élevait sur les confins de Trémaouézan et de Ploudaniel, à l'endroit où la jeune fille avait commencé à voir. On prétend aussi qu'un jour on vit les fondateurs de Saint-Jean venir remettre aux mains des fabriciens de Trémaouézan un baril d'argent pour faire les frais de la nouvelle construction. C'est une manière de dire que les donateurs étaient fort riches.

Les souvenirs populaires ne sont pas en défaut : les fondateurs de la chapelle neuve, ce sont les Carman, dont la fortune était si universellement connue que l'on disait d'eux, comme un proverbe : « Richesse de Carman.  »

Antérieurement à la fondation de Saint-Jean, et même de l'église actuelle, les seigneurs de ce nom étaient - nous l'avons dit plus haut - fondateurs-patrons et premiers prééminenciers de l'église de Trémaouézan, et cela à cause de leur Seigneurie des Granges. [Les Granges, en brelon Ar C'hranchou, yiJlagr en Plouédcrn, à 2 km. au S.-O. du bourg de Trémaouézan. " Les religieux cislerc iens n'avaient pas de prieurés proprement dils. Lorsqu'ils possédaient quelque part, loin de leur ahbaIe, des terres ou des dîmes un peu considérables, ils construisaient en ces lieux ce qu'ils appelaient une grange, c'est-à- dire une maison de ferme, s'il y avait des terres ; une simple grange dîmeresse, s'il n'y avait que des dîmes, et toujours une chapelle où ils faisaient dire des messes pour leurs bienfaiteurs ». Guillotin de Corson. Pouillé de Rennes, T. II, p. 774. Les évêques et les seigneurs laïcs ont également eu des Granges. Il y a des villages du nom de Grange, en Clohars- Carnoët, près de l'ancien prieuré de Doëlan, en Dirinon, à mi-route de Daoulas ; en Lannilis, Plougasnou, Plourin-Morlaix, Saint-Pol de Léon, à côté de l'ancienne abbaye de Lanvaux, etc ... Les Granges de Plouédern (ar c'hranchou, an tuchennou, les buttes ) sont remarquables. Elles consistent en trois antiques camps retranchés, de forme arrondie, disposés en triangle : deux d'entre eux, côte à côte, séparés seulement par une douve ; le troisième à une quarantaine de mètres en avant des premières. Ces camps ont de sept à huit mètres de hauteur au dessus des douves, et environ trente mètres de diamètre. Une masse de ruines d'une dizaine de mètres d'élévation au centre de l'un d'entre eux paraît être les restes d'une ancienne tour féodale Cf. Bulletin de la Société Archéologique du Finistère, 1916, p. 103]. Il reste dans la chapelle neuve deux écussons à leurs armes, L'un d'eux surmonte le bénitier que l'on voit à l'intérieur auprès de la porte d'entrée de la chapelle. Il a été mutilé par la Révolution, ce qui n'empêche pas que l'on distingue encore très bien la trace des chevrons [Les Carman, à l'époque qui nous occupe, blasonnaient d'argent à trois chevrons de gueules et un lambel d'azur. (Jourdan de la Passardière)] dont il était orné. L'autre est intact. Haut percé - il se trouve au point d'intersection des voûtes de la chapelle et de la nef principale - et à peu près invisible à l'époque où les vandales s'acharnaient à faire disparaître de partout « les signes de féodalité  », il a échappé à la destruction.

M. de Kerdanet [Loc. cit., p. 507] dit avoir vu dans l'église de Trémaouézan une « peinture ancienne représentant la Vierge, d'un côté, et, de l'autre, une belle dame, qui tient un lys de la main gauche, et montre, de la droite, une légende dont il ne reste que ces mots : « Ama len  ». Ce tableau n'existe plus. Nous pensons qu'il rappelait le miracle dont il a été question plus haut, que la dame au lis [C'est peut aussi rappeler la famille de l'Isle qui portait : Bandé d'or et d'azur au canton de gueules chargé d'une fleur de lys d'argent qui est de l'Isle] était la personne qui en bénéficia (an dimezel ven), et que la légende qui commençait par les mots : Ama len.. (ici même), rappelait le fait et en donnait la date.

La chapelle Saint-Jean donne à notre église un air de parenté avec Le Folgoët, dont la chapelle de croix est, comme la nôtre, disposée en retour d'équerre dans la même orientation, et percée aussi de grandes fenêtres sur les faces Est et Sud. (Chez nous, la fenêtre Est a été bouchée). Les Carman ont évidemment voulu tenir auprès de N.-D. de Trémaouézan la place qu'ils tenaient auprès de N.-D. du Folgoët, et avoir leurs prééminences aux mêmes endroits, comme ils en avaient le droit en leur qualité de fondateurs. Mais, tandis que la chapelle du Folgoët est d'une construction parfaitement homogène, la nôtre offre un mélange de styles qui ne laisse pas que d'intriguer. On trouve dans sa façade, que termine un fronton aux rampants ajourés, une énorme fenêtre ogivale à quatre meneaux et à tympan flamboyant ; à ses côtés, un minuscule quatre-feuilles qui paraît notablement plus âgé que sa grande voisine ; au-dessous, une petite porte très élégante avec son arc en anse de panier surmonté d'une contrecourbe, et enfin, sur les angles, des contreforts dans le genre de la Renaissance.

A l'intérieur, - toujours dans le même mur - on relève une autre singularité : un vieil enfeu, pour se faire place, a dû entamer le rebord inférieur de la fenêtre sous laquelle il se trouve, un peu à gauche.

Plusieurs périodes architecturales sont donc représentées sur celte façade qui, d'après nos archives, a été construite en 1597, date qu'on : lit d'ailleurs à côté de la grande fenêtre.

Cet amalgame de styles ne peut s'expliquer que d'une façon : les morceaux relevant de l'art gothique, sauf peut-être la baie ogivale, existaient avant la construction de la chapelle. Pour la porte, il ne peut y avoir de doute. Quand on l'examine de près, on s'aperçoit qu'elle est entièrement indépendante du mur dans lequel elle est encastrée, et que les pierres qui portent les sculptures du pinacle de gauche n'ont pu s'accorder avec celles du contrefort voisin. Cette porte est donc venue d'ailleurs. D'autre part, il ne faut qu'un simple coup d'oeil pour voir quel mauvais ménage font les assises inférieures du pignon avec les contreforts qui leur servent d'appui. Quant à ]a fenêtre ogivale, rien n'empêche d'admettre qu'elle date de 1597 : ce n'est pas seulement à Trémaouézan que l'on voit des fenêtres gothiques entourées d'ornements Renaissance. Elle a cependant pu être construite en 1555, lors de la réfection. du choeur, en même temps que la grande fenêtre de l'abside dont elle n'est qu'une copie.

Mais alors, si la fenêtre, le pignon, la porte de Saint-Jean sont plus anciens que la chapelle, où étaient-ils auparavant? Nous pensons qu'ils se trouvaient dans le mur du choeur qu'il a fallu démolir lors de la construction de Saint-Jean. On n'a donc eu qu'à les remonter à l'endroit qu'ils occupent maintenant. L'architecte a dû obéir à une nécessité : celle de placer dans la nouvelle bâtisse des pièces toutes faites et que l'on tenait à utiliser, soit par raison d'économies, soit plutôt pour satisfaire aux exigences des seigneurs prééminenciers de l'église.

Reste à expliquer la présence, à côté de lu grande baie ogivale, de la toute petite fenêtre en quatre-feuilles et, à l'intérieur, du vieil enfeu déjà mentionné.

Ici, nous n'en sommes pas réduits aux hypothèses : ces deux reliques du XVe siècle ont leur histoire. En 1676, le recteur [De Ploudaniel dont dépendait Trémaouézan] trouvant sa sacristie trop petite et le bas-côté Nord de l'église trop peu éclairé - en 1555, on n'avait agrandi de ce côté, que la fenêtre la plus rapprochée de l'abside - voulut remédier à ces incommodités. Mais, comme on ne pouvait toucher à l'église sans le consentement des seigneurs prééminenciers, avant de rien faire on les convoqua. Les deux principaux d'entre eux, le marquis de Poulpry « fondé en pouvoir de dame Anne- Gabrielle-Louise de Penmarch, son épouse  » et le chevalier de Penancoët, acquéreur des droits du marquis de Carman, se rendirent à la convocation ; les autres se firent représenter. Pour construire les fenêtres projetées dans le bas-côté Nord, il fallut démolir une petite ouverture en quatre-feuilles ou « en forme de roze  » que le seigneur de Penancoët tenait absolument à conserver. Force était également de démolir un enfeu qui abritait la tombe du fondateur de l'église, Jean de Penmarc'h, ce à quoi, de son côté, le marquis du Poulpry ne voulut consentir. Le recteur insista, et une solution intervint qui contenta les parties : on pensa que la grande fenêtre de la chapelle Saint-Jean ne prendrait pas ombrage du voisinage de la rose [Pour trouver à cette petite fenêtre la forme d'une rose, il faut la regarder de l'intérieur de l'église], et on lui adjoignit cette dernière pour compagne. L'enfeu de Penmarc'h passa en même temps du côté Nord au côté Midi de l'église, où il fut logé, non sans quelque peine, à la place qu'il occupe à présent. [Acte prônaI de 1676. (Arch. de Trémaouézan)]

C'est donc à l'intervention de seigneurs jaloux de revendiquer leurs droits honorifiques que nous devons le composé hybride qu'est la chapelle Saint-Jean. Faut-il leur en vouloir? Il est évident que c'eût été un crime de détruire la tombe du vénérable fondateur de l'église.

Il faut aussi reconnaître que la petite porte gothique méritait d'être conservée. Quant au quatre-feuilles, on pouvait le sacrifier sans grand dommage pour l'esthétique, bien qu'il vaille, lui aussi, de sa note pittoresque.

Cette question de prééminences qui a agité le moyen-âge et dont les archives de nos paroisses gardent le souvenir, a eu son bon et son mauvais côté : elle a été une cause d'innombrables procès et a déparé de belles églises, mais elle a sauvé aussi des oeuvres précieuses, et, si nos vieux seigneurs n'ont pas toujours su mettre au bon endroit ce qu'ils voulaient conserver,du moins ils ont conservé. Notre commission moderne des Beaux-Arts ne fait pas autre chose.

Le porche des Apôtres

Toujours sur le flanc Sud de l'église, à trois mètres à peine de la chapelle de saint Jean, s'élève un majestueux porche Renaissance au frontispice en pierre de Kersanton, commencé en 1610 - date qu'on lit à l'intérieur, à main droite - et achevé en 1623, d'après le millésime sculpté à l'extérieur sur la frise. Au pied de la statue de saint Pierre est un calice [Le calice sur les monuments, maisons, statues, croix, etc., indique ordinairement qu'ils sont dus à des ecclésiastiques. Le calice était, en quelque sorte, la signature, les armoiries du prêtre. - Sur la route de Trémaouézan à Trégarantec, en face du village de Kervilien, croix avec deux écussons portant des calices accompagnés des lettres S. E. Autre croix avec calice, en Plouédern, sur la route de Trémaouézan à la Roche-Maurice. Plusieurs autres. dans le voisinage de l'Abba'ye du Relecq, en Plounéour-Ménez, avec le même ornement indiquant qu'elles sont l'oeuvre des anciens moines] sous lequel on lit  : H. F. 1633. Ces lettres H. F. sont évidemment les initiales de Hervé Fily, curé de Trémaouézan de 1625 à 1636.

C'est à la famille de Penmarc'h, déjà bienfaitrice de l'église de Trémaouézan, en la personne de l'ancien recteur de Ploudaniel, que l'on doit, en partie du moins, le porche des apôtres. Aussi lit-on, dans l'acte prônaI relatif à la construction de la sacristie, que cette famille était en droit d'avoir ses armes ..• dans le portique et porche ... prohibitvement à tous autres.

Marie de Tuonmelin (Tromelin), dame du Bourouguel, en Plouigneau, avait épousé, en 1563, le baron de Penmarc'h. Dès l'année suivante, on la voit - probablement à l'occasion de la naissance de son premier enfant - se recommander à N.-D. de Trémaouézan, en lui léguant, par un contrat du 12 août, trois pièces de terre au terroir de Pellan, en Ploudaniel. En retour, la fabrique de la Trève devait faire chanter après le décès de la donatrice, un service funèbre, chaque année, le 2 février, jour de la Purification. Ce service a été célébré jusqu'à la Révolution.

Marie de Tromelin avait projeté de faire davantage pour Trémaouézan, mais, devenue veuve en 1580, elle s'était remariée, en 1588, avec Anne de Sanzay, comte de Magnanne, dont les exploits, pendant les guerres de la Ligue, rappellent ceux du trop fameux La Fontenelle, et ce ne fut que longtemps après qu'elle put contribuer à doter l'église de Jean de Penmarc'h du porche que celui-ci avait laissé à faire [Cf. Kerdanet, loc, cit., p. 104, et Pol de Courcy, Nobiliaire. - Sur les exploits de la Magnanne, voir La Borderie, Hist. de Bretagne, T. V, p. 295, et J. Baudry, La Fontenelle le Ligueur et le Brigandage en Basse-Bretagne pendant la Ligue].

La construction du porche dura treize ans .. Nous ne connaissons pas la cause qui fit ainsi traîner les choses en longueur. Peut-être est-ce un procès entre l'entrepreneur et la fabrique, peut-être aussi l'éloignement ou la mort de Mme de Sansay. Elle était en effet plus que sexagénaire au moment où commençaient les travaux [Un aveu fourni en 1617 par la fabrique de Tremaouézan à Messire René, baron de Penmarc'h, et au bas duquel est un reçu signé Jeanne de Sanzay, laisse supposer que Marie de Tromelin mourut avant 1617].

Le porche de Trémaouézan est une des plus belles oeuvres de l'architecture Renaissance dans notre région. S'il ne peut rivaliser avec d'autres pour les dimensions, pour la richesse et la variété des sculptures, il est l'égal de tous par son élégance et le fini de son travail. L'arcade d'entrée en plein cintre repose sur deux colonnes doriques cannelées et à tambours. A droite et à gauche du portail, deux autres colonnes aux chapiteaux d'ordre corinthien supportent la frise sur laquelle on lit :

DOMVS  : MEA  : DOMVS  : ORATIONIS  : VOCABITVR

Au-dessus, sur toute la largeur de la façade règne une galerie saillante avec balustrade, communiquant avec une chambre qui servait autrefois à renfermer les archives. Plus haut, une niche à coquille abrite une statue de la Vierge-Mère. En arrière, apparaît le pignon du porche aux rampants ornés de volutes, et s'amortissant en un haut campanile, dans lequel il y avait autrefois, paraît-il, une cloche que l'on sonnait pendant les orages.

Les contreforts d'angle du porche, assis sur de puissants stylobates et couronnés de clochetons, abritent, dans des niches, quatre statues : à droite, une belle représentation du Père-Eternel coiffé de la tiare et tenant entre ses bras le corps inanimé de son divin Fils ; à ses côtés, saint Vincent-Ferrier, drapé dans son manteau de dominicain. Cette statue, qui se trouvait naguère à l'intérieur de l'église, présente tous les caractères du XVe siècle. Elle est, croyons-nous, un don du cardinal de Coëtivy à l'église qu'il avait fait bâtir et, par conséquent, une des plus anciennes représentations que l'on ait de saint Vincent. Le prélat avait tenu le rôle de commissaire, et de commissaire très actif, au procès de canonisation de l'illustre Frère-Prêcheur, et présidé les grandes fêtes qui eurent lieu à cette occasion à Vannes, en 1456. Saint Vincent était donc un peu « le saint  » du cardinal breton. A gauche du portail, en chape, mitre et crosse, saint Gouesnou, dont on a dit un mot à propos du nom de Trémaouézan. Auprès de lui, saint Fiacre, en costume monacal et tenant une bêche.

A remarquer aussi, au milieu de la frise, un buste de Notre-Seigneur bénissant, et tenant la boule du monde, aux extrémités, deux élus - dont un moine - dans des poses extatiques, et, un peu partout, sur les nus du mur, à la base des contreforts et dans les ébrasements de l'entrée, aux clefs de voûte et dans les entablements supérieurs, des têtes de chérubins, des satyres, des masques, un élégant seigneur engoncé dans la collerette en vogue au temps d'Henri IV, et enfin des têtes populaires enlaidies à plaisir. Toutes ces figures sont d'une remarquable finesse d'exécution.

Au fond du porche, deux portes jumelées, encadrées d'une riche arcature ogivale, donnent accès dans l'église. Contre le trumeau qui sépare les deux entrées est une niche gothique contenant une statue de Vierge-Mère du XVe siècle. Ceinte d'une couronne à hauts fleurons, admirablement drapée dans son vêtement aux plis souples et harmonieux, la Madone se rejette légèrement en arrière pour mieux contempler son petit Enfant à qui elle présente une pomme en souriant.

Les gens de Trémaouézan ont cette Vierge en grande vénération. En passant auprès d'elle, ils ne manquent jamais de toucher les pieds de la statue, de porter ensuite leurs doigts à leurs lèvres, et de se signer dévotement [Tout le fond de ce porche était autrefois peint et doré].

Des deux côtés du porche, tenant compagnie à la Vierge et à son divin Fils, sont les douze apôtres avec leurs attributs traditionnels. Les niches qui les renferment, séparées par des colonnes ioniques et reposant sur un soubassement à pilastres cannelés, ont pour couronnement des dais magnifiquement sculptés et surmontés de croissants.

Quelle origine attribuer à ces croissants que l'on trouve encore au porche de Saint-Houardon de Landerneau (1604), autour de l'église de Gouesnou (1607), et au château de Kerjean, en Saint-Vougay, lequel fut édifié de 1553 à 1590?

Pitre-Chevalier dit, dans son histoire de Bretagne (p. 505), que le croissant fut très employé comme motif d'ornementation, sous le règne d'Henri II. On sait que c'était là les armes de la favorite de ce souverain, Diane de Poitiers. Au château d'Anet (Eure-et-Loir), qui avait été construit pour elle, cet attribut d'Artémis avait été prodigué. A Kerjean, dont certaines dispositions font penser au château d'Anet, on le voit aussi en plusieurs endroits, surmontant une figure que l'on dit être celle de Diane. On peut donc croire que les croissants de Kerjean rappellent, comme ceux d'Anet, la célèbre duchesse de Valentinois.

Toute autre est, croyons-nous, l'origine des croissants de notre porche.

Il suffit de jeter un coup d'oeil sur les porches de Trémaouézan et de Landerneau pour se convaincre qu'ils sont de la même famille et qu'il y a même entre eux une très étroite parenté. A l'extérieur, les grandes lignes et une foule de détails sont les mêmes. A l'intérieur - si l'on excepte chez nous le mur du fond, qui est comme on l'a vu, bien antérieur au reste - ils se ressemblent tellement que n'étaient les dimensions qui sont plus considérables à Landerneau, on pourrait adapter à l'un un certain nombre des pièces de l'autre. Une chose est donc indubitable : les deux portiques qui n'ont, d'ailleurs, que six ans de différence d'âge, sont sortis du même chantier qui ne pouvait être qu'à Landerneau. Les pierres numérotées, que l'on aperçoit dans la voûte du nôtre, indiquent que le chantier où elles ont été taillées ne se trouvait pas à Trémaouézan.

Remarquons maintenant sur les croissants de l'intérieur du porche de Landerneau un détail significatif : un profil humain est découpé dans leur concavité. Il y a donc pas à hésiter : ce n'est pas le croissant héraldique - lequel ne porte ordinairement pas de figure couchée entre ses cornes - que le sculpteur de Landerneau a voulu représenter, mais bien le croissant lunaire. Et nous voilà à la fameuse lune de Landerneau. Et voilà aussi comment cette lune a donné naissance à celles plus modestes de notre porche.

Quant à l'origine de cette lune elle-même qui a donné à Landerneau une renommée quasi-européenne, nous regrettons de ne pas la connaître. On la prétend ancienne. « Il est un vieux dicton breton qui dit : « An nep a ia euz a Landerne da Lesneven, al loar a bar var e gein, hag an heol var e dal. A la lettre, celui qui va de Landerneau à Lesneven, la lune brille sur son dos et le soleil sur son front. Jadis, en effet, ces deux villes étaient habitées par les plus grands seigneurs du pays, ce qui justifiait l'allégorie ci-dessus. Lesneven, disait- on, était le soleil du Léon et Landerneau la lune.  » [TOUIC, Dictionnaire Breton-Français, au mot Landerné. Le très distingué archiviste du département, M. H. Waquet, à qui nous avons soumis le manuscrit de cet ouvrage, a bien voulu nous communiquer la note suivante : Ce proverbe ne pourrait-il pas s'expliquer par le fait que Lesneven était le siège d'une juridiction ducale puis royale, tandis que Landerneau n'avait qu'une juridiction seigneuriale, importante cependant? La juridiction d'un prince de Léon dérive de la juridiction du roi comme l'éclat de la lune reflète la lumière du soleil. Dans les idée de l'ancienne France, la puissance royale est la grande source de justice. Au nom de quelque personne qu'elle s'exerce, toute justice n'est qu'une émanation de celle du roi].

Il paraît aussi qu'on voyait autrefois, sur la flèche du clocher de Saint-Houardon, un globe doré représentant la pleine lune, et au dessus, un croissant figurant le premier quartier. L'auteur que l'on vient de citer, trouve que c'était une idée stupide de mettre ainsi le croissant à la place où la croix seule doit régner. D'autres se seront sans doute laissé aller à la même indignation ou du moins à une douce hilarité en voyant un temple chrétien de la sorte couronné, et auront contribué, par leurs plaisanteries, à donner à la bonne ville en question le renom comique qu'on lui connaît.

D'après plusieurs cependant, le croissant sur le clocher de Landerneau avait bel et bien sa signification : ses cornes symbolisaient, l'une, le diocèse de Léon, l'autre, le diocèse de Cornouaille, entre lesquels Landerneau était jadis partagé par moitié.

Plusieurs seigneurs de la région de Landerneau, comme les Kerangars, les Kergrist, les Kermenguy, les Partevau, les Le Roy, etc., [On voit, sur te pignon d'une maison de la place du marché, un écusson portant un croissant versé accompagné de trois roses] avaient un croissant dans leurs armes. Si l'on pouvait prouver que les Rohan, qui étaient seigneurs de Landerneau depuis le XIVe siècle, portaient anciennement, comme nous l'avons entendu dire, cette figure sur leur écu [Ce qui est certain, c'est que naguère, dans l'ancien cimetière de Saint-Thomas de Landerneau, une vieille croix portait un écusson où le croissant était uni aux macles de Rohan. (Association bretonne, session de Landerneau, 1879). Ces croissants qu'on retrouve encore aux pinacle des contreforts de l'église de Saint-Thomas, peuvent aussi être une allusion à saint Thomas de Cantorbéry, patron de cette église, et dont la mère, d'après les Bollandistes. était sarrasine. Notons aussi la présence du croissant au sommet du vieux moulin seigneurial du Rouazle en Dirinon. Enfin, on voyait autrefois, dans la chapelle des Récollets de Landerneau, une statue ancienne de saint Ternoc, fondateur de Lanterne (Landerneau), qui le représentait tenant une lanterne à la main : facétie d'un goût douteux d'un artiste voulant probablement donner au patron de Lan-Ternoc des armes parlantes. (V. Kerdanet, loc. Cit., p. 221)], c'est là et non ailleurs qu'il faudrait chercher l'origine de notre lune. Mais pour nous, sur ce point, adhuc sub judice lis est.

En fin de compte, les croissants de Landerneau pourraient bien procéder de la même idée que celle qui est exprimée par les têtes de monstres, les figures hideuses faisant office de gargouilles, de modillons et de cariatides sur les murs de nos vieilles églises et par lesquelles les architectes du moyen-âge entendaient représenter le malin esprit. A l'époque où l'on édifiait nos portiques, le monde chrétien était inquiet des progrès des Turcs en Europe, et l'Eglise, dans ses oraisons et ses hymnes sacrés, priait Dieu et les saints d'écarter de ses frontières cet ennemi perfide  : « Auterte gentem perfidam credentium de finibus...  » (Hymne de la Toussaint, Placare Christe).

Cela n'excuse pas l'architecte de Landerneau d'avoir hissé l'emblème des sectateurs de Mahomet jusqu'au plus haut de la tour de Saint-Houardon.

Façade Ouest du Clocher

En quittant le porche pour se diriger vers la tour, on passe devant un pan de muraille qui date de la construction primitive, et dont le plus bel ornement est un fronton Renaissance assez décoratif surmontant une fenêtre agrandie en 1658. Cette fenêtre et quelques pierres sculptées faisant modillons sou s la corniche du mur, relèvent un peu la pauvreté de ce coin de l'édifice.

On contourne alors l'angle Sud-Ouest de l'église et l'on a devant soi la façade principale que l'on regrette de ne pas retrouver telle que l'avaient faite les architectes du XVe siècle. Les deux côtés sont bien du temps de Jean de Penmarc'h, mais le clocher est plus jeune que son entourage d'environ un siècle et demi : il ne date, en effet, que du commencement du XVIIe siècle, comme on peut le constater par l'inscription gravée sur le linteau de la porte : A. CORBE, LORS FABRIQUE, 1714.

La flèche de l'ancien clocher étant tombée, et le clocher lui-même ayant subi des avaries qui nécessitaient d'importants travaux de consolidation, les tréviens profitèrent de l'occasion pour réaliser un désir qui leur tenait depuis longtemps à coeur, celui d'avoir quatre cloches, au lieu des deux dont se composait l'ancienne sonnerie. La vieille base n'étant pas assez robuste pour supporter le poids dont on se proposait de la surcharger, on la renforça en la flanquant sur ses angles de quatre puissants contreforts. Cela permit de doubler la saillie de l'encorbellement qui soutenait l'ancienne galerie et d'établir, au-dessus, une plateforme à même de porter une superstructure plus large et plus lourde que ne l'était l'ancienne. Cette superstructure se compose de deux beffrois superposés qu'entourent des galeries surmontées de pinacles aux angles, et d'une flèche octogonale assez élancée, garnie de crochets sur ses arêtes.

Si les piles de 1714 ont consolidé la tour, elles ne l'ont pas embellie, et elles ont amené la destruction d'un beau portail à double ouverture, dont l'existence ancienne est attestée par les comptes de la fabrique et dont il subsiste d'ailleurs quelques vestiges  : deux fragments de corniche sculptée et des crossettes de pinacles que l'on voit aux trois-quarts encastrées dans les contreforts qui encadrent la misérable porte d'aujourd'hui. Dans le fronton du vieux portail ogival si tristement remplacé devait se trouver un bas-relief en albâtre dont on a conservé les débris au presbytère et qui représente l'adoration des Mages. Ce bas-relief reproduit à de légères différences près celui qui orne le portail Ouest de l'église du Folgoët, mais il n'en est qu'une réduction, car il ne mesure que 0m70 sur 0m43. La Sainte Vierge est assise sur un un lit artistement drapé, et s'appuie sur un coussin tenu par un ange derrière elle. L'Enfant-Jésus qu'elle porte sur ses genoux, reçoit le présent que lui offre un roi mage à longs cheveux et à barbe abondante. Ce monarque, pour mieux marquer sa déférence envers l'Enfant-Dieu, a ôté sa couronne, mais, ne sachant où la déposer, et ne tenant pourtant pas à la perdre, il a trouvé tout simple de la passer autour de son bras. Un autre roi - le troisième manque - attend gravement le moment d'être présenté, cependant que saint Joseph nullement offusqué par l'éclat de l'étoile qui brille au-dessus de l'étable, dort paisiblement dans un coin. Le boeuf et l'âne ne sont pas oubliés ; ils avancent curieusement leurs bonnes têtes par-dessus les cloisons de leur stalle et ne perdent ainsi rien de l'auguste scène. C'est à un accident que l'on doit le clocher actuel. « Le 13 février 1702, à cinq heures du matin, disent les comptes de l'église, la foudre tomba sur le clocher et le ruina.  » La flèche, en tombant, démolit la chambre de l'horloge et l'horloge elle-même, ouvrit dans la toiture de l'église une immense brèche, par où le vent s'engouffra dans l'intérieur et y commit d'affreux dégâts.

On ne s'attarda pas en vaines lamentations. Aussitôt la tourmente passée, « on convoqua suivant l'avis du général, deux notaires royaux, deux maistres tailleurs de pierre, deux maistres charpentiers et deux couvreurs d'ardoises pour faire état et procès-verbal de la ruine qu'avait fait le tonnerre dans le clocher, massonnages, boisages, couverture et vitrages de l'église.  » Les comptables de la fabrique payèrent pour une première réparation, « tant en argent qu'en nourriture, 24 livres 2 sols 6 deniers, y compris le travail qu'avaient fait les vitriers en descendant les vitres cassées et qui pendaient dans la grande vitre.  » On dut aussi indemniser les « tailleurs de pierre pour avoir descendu ce qui restait de l'aiguille du clocher et qui menaçait de briser le clocher  », ainsi que « Noël Le Bras, couvreur, pour trois jours qu'il avait été à boucher les fenêtres et vitres de l'église à la place des écussons des seigneurs et à aplanir l'église.  »

En même temps, on travaille à remettre la toiture en état et les équipes d'ouvriers se succèdent :

« Les charpentiers de Lesneven étant venus pour travailler sur les boisages et commencer les réparations, pour leur travail, cy ...... 7l 15s.

 » Les charpentiers de Landerneau survenant sur la dite réparation et espérant en avoir meilleure issue, cy ...... 6l 7s.

 » Jean Quéré et ses compagnons survenant aussi pour travailler au dit boisage et aussi refaire la chambre de l'horloge, et l'ayant parachevé, pour leur travail, cy ...... 27l 3s.

 » Yves Le Roux, charpentier du bourg ayant travaillé depuis le commencement jusqu'à la fin avec les cy devant sur les boisages, cy ....... 22l 11s 6s.

 » A Jean Morvan, pour faire une porte pour passer du clocher dans la chambre de l'horloge et réparer le pignon du clocher ...... 3l.

Puis ce fut le tour du vitrier :

« Le premier dimanche d'aoust 1702, un maistre vitrier de Landerneau étant venu à dessein de faire marché pour accomoder le plus nécessaire des vitres de l'église, il luy fust payé et à son compagnon en collation deux livres dix huit sols, et une pinte de vin lorsqu'il fust quérir les anciennes vitre cassées.  »

La note de ce maître vitrier se monta à plus de six cents livres. Les comptes nous apprennent qu'il se nommait Jacques Kergrach. Sur le panneau central de la verrière de la chapelle Saint-Jean, on lit :

F. P. KERGRACH. 1703.

Les réparations urgentes terminées, le plus gros n'était pas fait : il restait le clocher, si gravement endommagé, que probablement une réfection à peu près complète s'imposerait. On se contenta, sur le moment, de le consolider en bouchant les menaçantes lézardes qui s'y étaient produites et en aveuglant les ouvertures de la façade. On condamna la fenêtre circulaire qui se trouve à gauche du portail ainsi que la mignonne fenêtre gothique du côté droit, qui n'a été dégagée qu'en 1859. Cela fait, on attendit.

On attendit douze ans. Ce ne fut, en effet, qu'en 1714 que les tréviens eurent la joie de voir un nouveau clocher s'élever au-dessus de leur chère église. On n'avait pu intéresser à l'oeuvre les grandes familles qui avaient jadis donné si largement. Elles résidaient maintenant plus près de Versailles que de Trémaouézan, et l'on sait que les plus gros revenus fondaient rapidement dans le voisinage du Roi-Soleil.

La fabrique ne put donc compter que sur elle-même et la bonne volonté des tréviens. Bien que ces derniers ne fussent pas riches, en cette fin du règne de Louis XIV où les impôts étaient si lourds, ils furent généreux. Le recteur ouvrit la souscription en s'inscrivant pour quarante-cinq livres ; le curé et le vicaire en offrirent chacun trente. François Moallic, de Kerlohou, donna « un millier d'ardoises en offrande pour aider à la réparation de l'église  »  ; un autre trévien, Vincent Le Guen, tint à payer la moitié d'une barrique de vin que la fabrique avait achetée pour les ouvriers, au prix de 70l. 10s.

Détail plus touchant : beaucoup de femmes, dans le courant de l'année 1713, vendirent leurs bagues au profit de l'église. On retira aussi quelque argent du vieux plomb qui était dans la vieille tour [Ce qui laisse croire que l'ancienne flèche était en bois revêtu de plomb]. Le plomb pesait 616l. On le vendit 12l 10s pour le cent, soit 77l  » et, quand on se vit à même de faire face aux frais, on convoqua « les artisans au sujet de rebâtir la tour et clocher.  »

Marché fut passé avec Maudetz Le Bris et François Gourvez, tailleurs de pierre. La fabrique se chargeait de fournir les matériaux qui lui étaient du reste gracieusement offerts, de les amener à pied-d'oeuvre et de tenir les outils des ouvriers en état. Maudetz Le Bris et son compagnon reçurent pour leur travail environ 1.300l.

Les écussons du Cardinal de Coëtivy et des Seigneurs de Penmarc'h, remarqués par le Père Cyrille Le Pennec, lors de son voyage à Trémaouézan, sont toujours à leur place dans le clocher : celui du prélat, au milieu, en supériorité ; ceux de Penmarch, de chaque côté. La Révolution a passé et les armoiries ne sont plus, mais les encadrements ont été respectés, sauf celui de l'écusson de gauche qui a été entaillé pour faire disparaître le timbre qui surmontait l'écu. Assez souvent, en effet, pour bien montrer qu'ils n'en voulaient nullement à l'art, mais seulement « aux signes de féodalité et de superstition  » dont « l'oeil républicain  » était, paraît-il, blessé, les révolutionnaires se bornaient à effacer ces signes, laissant intactes les sculptures qui les accompagnaient. Devant l'écu de Coëtivy, le marteau du destructeur semble avoir hésité. C'est que cet écu portait un ornement qui, aux yeux de l'ouvrier simpliste chargé d'exécuter les ordres des Jacobins, n'appartenait nettement ni à l'une ni à l'autre des catégories d’emblèmes proscrits  : le chapeau du Cardinal. L'ouvrier, par acquit de conscience, l'a bien quelque peu chiffonné, mais ne l'a pas complètement écrasé, non plus que les cordelières à houppes dont il est orné et que l'on voit pendre des deux côtés de l'écusson.

Signalons, en fait de travaux importants depuis la restauration du clocher, la réfection du pavé de l'église, en 1859, et la construction, en la même année, de six arcades dans les bas-côtés. Sur les huit qui existent aujourd'hui, une seule, la plus voisine des fonts baptismaux, a été faite du temps de Jean de Penmarc'h ; une autre, celle qui relie le mur Ouest de la chapelle Saint-Jean au pilier de l'entrée du choeur, a dû être édifiée en même temps que la chapelle en 1597. Les six autres ont été posées par M. Prigent, architecte et maire de Plounéventer, sur les naissances préparées autrefois par les constructeurs de l'église. Ces travaux, y compris la restauration de plusieurs pièces du mobilier, ont coûté 9.287 francs.

1862. - Rejointoiement de tout l'extérieur de l'église. Devis, 1.000 fr. Coût, 1.166 fr. 66.

1897. - Réfection de la majeure partie de la toiture et du lambris. Devis, 5.000 fr.

1913. - Caniveaux en ciment autour de l'église et travaux de peinture à l'intérieur  : 800 fr.

Le Mobilier de l'Eglise

Cloches

La nouvelle tour en abrita quatre jusqu'à la Révolution ; elle n'en contient plus que deux. La plus ancienne mention que l'on fait des cloches de Trémaouézan est de 1643, où le comptable porte qu'il a « payé aux sonneurs, pendant la veillée de la Toussaint, tant en argent qu'en chandelles, 46 sols.  »

En 1662, on acquiert une grosse cloche, mais, était-elle sortie de la fonderie avec des tares, ou bien avait-elle été manoeuvrée par des sonneurs inexpérimentés, toujours est-il qu'au bout de quelques mois, elle était considérée comme bien malade. On avertit, par avis du prône, François Henri, armurier, de venir voir la cloche qui était fendue  » . L'homme de l'art ne put que constater la gravité de l’accident. On descendit la pauvre éclopée et on la remisa jusqu'à ce que vinssent « Jacques Le Louarn [Ce Jacques Le Louarn fond une cloche à Dirinon, en 1665. « Sur une vieille cloche de 1665, poinçon ou marque de fabrique figurant un renard  : ce sont les armes parlantes du fondeur, car Louarn signifie renard ». Bul. Diocès. T. VII, p. 193] et son consort François Rouzot, fondeurs de cloches, faire marché avec les tréviens pour une refonte » (1664).

Le contrat passé, on achète « à Paige, charbonnier de la paroisse de Lopezrec en Cornouaille, six charges de charbon, à raison de 35 sols la charge, qui furent rendues sur la place de Trémaouézan le samedi 12e de Juillet », et comme on tenait à posséder un bourdon qui pût rivaliser avec ceux des clochers voisins on acquit de Catherine Mathieu, dlle du Pontois, moyennant 51l., « une vieille petite cloche ci devant sonnant en la chapelle du Cribinec, paroisse de Plouédern  ». Le même jour, on délivre 61l. « à Jacques Poullan, de Landerneau, pour un mortier qui pesait 77 livres, et les fondeurs viennent.

Ils ne viennent pas seuls : une équipe de maréchaux leur fait escorte. Tous les tréviens assistent à la refonte et, parmi eux, quarante-trois hommes se relayent « pour aider à souffler. » Sous l'action combinée des professionnels et des souffleurs de bonne volonté, l'opération fut rapidement menée à bonne fin, après quoi, il ne resta plus qu'à envoyer un exprès à Lesneven « pour avoir d'avec M. le grand vicaire un billet de permission  » au curé de Trémaouézan de bénir la cloche, à acheter soixantes brasses de cordes, à faire venir deux mariniers de Landerneau pour hisser « la cloche en son lieu » et enfin, « à payer escot, chez Guillaume Fily, aux Louarn et Rouzot en leur baillant leur argent, 90l  ».

Celte cloche et ses compagnes chantèrent sans défaillance les joies et deuils des tréviens jusqu'au jour où, sous la Terreur, elles furent, après un dernier glas, descendues de leur chambre de pierre et expédiées au loin pour être converties en canons ou en sous [Elle furent envoyées à Lesneven, ainsi que le témoigne la quittance suivante transcrite sur un registre du temps de la Révolution ayant appartenu à la mairie de Trémaouézan et dont on a bien voulu nous donner communication au moment où nous mettions sous presse  : «Je soussigné, secrétaire du district de Lesneven, certifie que la municipalité de Trémaouézan a déposé au secrétariat du district trois cloches avec leurs moulons et battans, dont décharge. A Lesneven, ce jour, dix-septième floréal deuxième année républicaine française (6 mai 1794). Signé sur la quittance  : Grée, secrétaire »].

Le clocher de Trémaouézan resta muet pendant une dizaine d'années. En 1805, on réussit à réunir un millier de francs, avec lesquels on se procura une nouvelle cloche qui fut fondue par François Guillaume. En 1808, J. P. Guillaume en fournit une autre, et M. Louvière, une troisième en 1812. Mais ces cloches éprouvèrent des avaries ou faisaient trop regretter les anciennes, car on les renvoya au fondeur et on les remplaça par deux autres qui arrivèrent, l'une en 1842 et l'autre en 1851. La première sortait de la fonderie de M. Viel, de Brest, et coûta 1.293 francs. La seconde venait de chez M. Viel-Briens, et fut payée 1.394 fr. 85.

La cloche la plus ancienne, qui est aussi la plus forte, porte cette inscription :

J'AI ETE NOMMEE MARIE FELICITE PAR M. MASSON ET FELICITE JEZEQUEL. - RECTEUR J. M. CAROFF. - MAIRE CANDIDE FRANÇOIS JEZEQUEL, ET TRESORIER ETIENNE FREMONT. - FONDUE EN 1842 POUR L'EGLISE DE TREMAOUEZAN. - VIEL ALPHONSE, FONDEUR A BREST.

Sur l'autre on lit  :

J'AI ETE NOMMEE JEAN MARIE, ETAIT RECTEUR CAROFF JEAN MARIE, TRESORIER FREMONT ETIENNE, MAIRE MASSON YVES MARIE, PARRAIN LE GALL YVES, MARRAINE SIMON MARIE YVONNE. TREMAOUEZAN, 1851. - VIEL BRIENS, FONDEURS A BREST.

L'Horloge

L'horloge du clocher mérite aussi une petite mention, à cause de son existence déjà longue et passablement agitée. Fabriquée en 1700 par Joseph Mory, « maistre horlogeur à Landerneau  » , elle fut payée 301l. 5s. 8d. Avant de la recevoir, on la fit examiner par un habile expert. « Comme Charles Guéguen [Ce Guéguen était, en son temps, une célébrité de l’horlogerie. En 1703, Le Conquet le charge de lui fournir une horloge qui sonnera la demi-heure et l'angelus de 6 en _6 h.  »- En 1749, il passe marché pour une horloge avec la fabrique d'Ergué-Gabéric. (Bull. Dioc. T. VI, p. 266, et T. IX p. 41)], mestre horlogeur de la paroisse de Pleyben en Cornouaille fut mandé de venir visiter l'horloge avant que de payer le dit Mory, payé pour son temps et sa nourriture 13 l. 3 s. »

Le coup de foudre de 1702 l'endommagea si sérieusement que depuis elle ne s'est jamais parfaitement remise de la commotion qu'elle avait alors éprouvée. En vain, un artisan du Drennec vint-il, « espérant la racommoder  », en vain, rappela-t-on, en 1716, l'horloger de Pleyben et, dans la suite, quantité d'autres spécialistes, - si bien que l'église a dépensé des sommes fantastiques pour son entretien - rien n'y a fait : la machine est restée aussi récalcitrante que par le passé à un bon fonctionnement.

Mobilier de l'intérieur

En entrant dans l'église par la porte Ouest, on trouve, à droite, près des piliers de la tour, une auge circulaire en pierre, où les fidèles de la paroisse viennent, le Samedi Saint et dans le courant de l’année, faire leur provision d'eau bénite. Cette piscine n'a d'autre mérite que d'être de belle taille et d'avoir un certain âge : elle date de 1691. Nos comptes nous apprennent qu'elle est l'oeuvre de Jean Morvan, que l'on a déjà vu travailler à construire une porte dans la tour. On lui paya pour faire le dit bénitier et le mettre en place 28 l. 10s., et 3l. pour les charroyer de Landerneau à Plouédern. »

Baptistère

Les fonts baptismaux occupaient autrefois, au bas de l'église, le dernier entrecolonnement de droite quand on regarde le choeur. Comme ils étaient fort encombrants à cet endroit, on les transporta, en 1860, au fond du collatéral Midi.

La cuve baptismale de marbre rose, en forme de coupe ovale, est de cette même année 1860 ; elle a remplacé une vieille piscine en granit, à douze pans, sans sculpture. mais remarquable par ses dimensions (un mètre de diamètre extérieur), aujourd'hui reléguée dans le jardin du presbytère. Au dessus des fonts est un baldaquin en bois, de forme hexagonale, porté sur six colonnes corinthiennes et surmonté d'un dôme que couronne un ange aux ailes déployées. Tout autour, des niches ou arcades abritent les statuettes des douze apôtres. Auprès, contre le mur du fond de l'église, un groupe en bois du baptême de Notre-Seigneur. Notre baptistère sort certainement des mêmes ateliers que celui de l'église de Plouédern, auquel il ressemble presque détail pour détail, probablement de chez un maître sculpteur de Landerneau. La cuve baptismale de Plouédern est de 1641, mais il est probable que le baptistère lui-même est un peu plus jeune ; pour ce qui est du nôtre, la chose est quasi-certaine, car les images des apôtres qui l'entourent, de même que le groupe du baptême du Christ, proviennent d'un autel de Saint-Jean-Baptiste qui existait encore dans notre église en 1660.

Catafalque et Niches

Plus âgé de quelques lustres doit être le catafalque en chêne sculpté qui se voit au milieu de l'église. Ce catafalque, d'un modèle désormais rare, est l'oeuvre d'un artiste inconnu. Le dais ou baldaquin, porté sur quatre colonnes, qui surmonte nos estrades funèbres actuelles, est ici remplacé par une frise suspendue entre deux montants terminés en T. Cette frise, découpée en dentelles sur les bords, couverte de figures pleurantes, de têtes fantastiques, de capricieuses arabesques, est un morceau de sculpture des plus fins que l'on puisse voir. Les montants portent, l'un, une croix fleurdelisée ayant à son centre un coeur entouré d'une couronne et accompagnée des statuettes de la Vierge et de Saint Jean, et l'autre une Pietà entre deux anges tenant des sabliers [Nous attribuons à ce catafalque la date approximative de 1620, à cause de la grande ressemblance que nous trouvons entre ses sculptures et celles que l'on voit sur la porte Sud de la chapelle Saint-Eloi, en Ploudaniel ].

Une autre oeuvre remarquable de sculpture sur bois, ce sont - des deux côtés de la fenêtre absidale - deux grandes niches contenant, l'une, la statue de la Sainte Vierge et l'autre celle de Saint Joachim. Ces statues, de grandeur naturelle, sont fort bien traitées. Saint Joachim est superbe dans son habit oriental tout rutilant d'or ; la Vierge, qui porte dans ses bras un gracieux Enfant-Jésus jouant avec une colombe, n'est pas moins somptueusement vêtue.

Les deux niches ont la même forme et sont décorées de façon identique. Un groupe d'angelots, dans la posture des cariatides, leur sert de soutien, et elles sont terminées par une haute pyramide, dont des anges encore - on en compte vingt-trois autour de chaque niche - et des fleurs en corbeilles, en guirlandes, en festons, forment les principaux ornements.

Ces sculptures ont été exécutées en 1676. dans les ateliers de « Honoré Halliot [Rapprocher - sans trop s'émouvoir de la différence d'orthographe - ce nom d'Halliot de celui d'un autre maître sculpteur Douaré Aillot, demeurant à Recouvrance en Saint-Pierre-Quilbignon, qui «s'engage de couronner d'un dôme et plusieurs architectures le fond baptismal » de Commana, en 1682. ( Bull. de la Com. Dioc. T. VI, p. 140)], mestre sculpteur en bois à Landerneau.  » « Le sculpteur, sa femme et son valet vinrent les poser à leur place  », et « Nicolas Le Stang. forgeur, fit seize fiches ou pattezennou pour attacher l'image de Notre Dame et celle de Saint Joachim à leurs places.  »

Les niches d'Honoré Halliot ont été, une première fois, peintes et dorées, en 1683, palJacques Domagny de Morinville ou de Morville [En 1677, ce Jacques Domagny dore l'image de N.-D . de Trémaven, en Châteauneuf-du-Faou (Ibid. V. 173). Le Bulletin dit défectueusement Jacques Donnaguin, sieur de Morinell]. Ce peintre habitait Lampaul-Guimiliau et mourut, en 1688, à Trémaouézan, où il exécutait sans doute d'autres travaux.

En 1758, Un autre contrat fut conclu entre la fabrique et « Hervé Le Goff, sculpteur et peintre, de Saint-Louis de Brest, pour peindre et dorer les statues de la Sainte Vierge, sa niche et ses ornements de haut en bas, de la même manière que l'or et la peinture se trouvent placés présentement, également que la statue de Saint Joachim qui est de l'autre côté du grand autel, aussi avec sa niche et ses ornements de haut en bas, moyennant la somme de 255 l.  »

Vitraux

On a vu que la tempête de 1702 avait brisé tous les vitrages de l'église. Les armes des seigneurs qui garnissaient le tympan de la fenêtre absidale furent replacées après l'accident, mais elles ont été détruites de nouveau par la Révolution.

En 1880, on commanda à Jean Cabon, peintre- verrier à Lanhouarneau, un vitrail qui fut payé 3.000 francs. Il représente, dans sa partie centrale, la scène de la Pentecôte et, dans les côtés, les mystères de la Nativité et de la Résurrection de Notre-Seigneur, de l'Annonciation et de l'Assomption. Dans les soufflets du tympan, qui dessinent trois coeurs, se voient les armes du Pape Léon XIII et de Mgr Nouvel.

Autels, Retables, Statues

Les autels de Trémaouézan - il y en a cinq - présentent une disposition assez particulière. Ils sont tous sur le même plan, rangés en ligne droite le long du mur oriental. Ce sont, de gauche à droite, l'auteI de Sainte Annne, le Maître-Autel, et les autels de Notre-Dame, des Trépassés et de Saint Sébastien.

Le Maître-Autel

Le Maître-Autel a été, il y a quelques années (1906), l'objet d'une importante restauration exécutée par M. Guyader, sculpteur à Landerneau, sur les indications de M. le Chanoine Abgrall. L'ancien coffre de l'autel, dont le seul ornement était une effigie de la Sainte Vierge tenant un sceptre, a été remplacé par une façade garnie de jolis médaillons représentant Notre-Dame et les saints Apôtres Pierre et Paul.

Le principal ornement du retable consiste en de délicieuses colonnettes torses appliquées aux angles et sur les ailes du tabernacle. Ces colonnettes encadrent des niches renfermant les statuettes de Notre-Seigneur, de Saint Pierre et des quatre évangélistes. Au-dessus du tabernacle est une niche d'exposition reposant sur des couronnes torses et couronnée par la statuette du Christ posant le pied sur la boule du monde et portant la croix de résurrection.

Si cet autel n'a pas trop longtemps attendu son tabernacle, il doit être de 1643, où les comptes portent : « Payé à Yves Rolland pour avoir fait le tabernacle sur le grand autel, 111 l., et pour les frais de le faire rendre à Trémaouézan, 3 l.  ». Trois ans plus tard, Jacques Le Roux recevait 85l. 10 s. pour l'étoffer (peindre et dorer).

L'Autel de Sainte Anne

L'autel de Sainte Anne, dans le bas-côté Nord, n'a d'intéressant que son retable. Deux colonnes torses et deux colonnes à découpures et à rubans le circonscrivent, encadrant une niche qui abrite le groupe de Sainte Anne et Notre-Dame avec l'Enfant-Jésus. La Sainte Vierge, drapée dans de riches vêtements, tient sur ses genoux sont petit Enfant. Sainte Anne, plus simplement vêtue, a la main droite posée sur un livre ouvert, tandis que de la gauche elle esquisse un geste de douloureux étonnement. Elle vient, sans doute, de lire un passage des Ecritures ayant trait au futur' drame du Calvaire et, ne pouvant se résigner à y croire, elle semble avoir sur ies lèvres les paroles de protestation que Saint Pierre adressera un jour à son maître : Absit a te, Domine : non erit tibi hoc. A Dieu ne plaise, Seigneur ; cela ne vous arrivera point! (St Matth. XVI, 22). Mais l'Enfant la détrompe, car il se dresse devant elle, debout, les bras en croix, une expression de grande énergie sur le visage.

Au-dessus du groupe dont il vient d'être question, une autre niche, pratiquée dans le fronton du retable, donne asile à Saint-Paul-Aurélien et à son dragon. Habituellement, on représente ce saint tenant le monstre en laisse à l'aide de son étole. Le sculpteur de Trémaouézan n'a pas cru vraisemblable que saint Paul ait fait à pied le long trajet du Faou à l'Ile-de-Batz, quand il avait à sa disposition une monture d'une vigueur exceptionnelle, et il a, en conséquence, campé le thaumaturge debout sur le dos de la bête apocalyptique [A Plouédern, même représentation de saint Paul]. Logique jusqu'au bout, notre artiste a fait de l'étole une bride, et de la crosse un fouet que le saint Evêque brandit pour activer l'allure du monstre. Ce dernier détail n'est d'ailleurs que peu exagéré - si toutefois il l'est - car il est dit, à propos du premier dragon que fit périr le grand apôtre du Léon, que le seigneur de Kergournadec'h le menait « comme un chien en lesse, Saint Paul le frappant de son baston.  »

A côté de l'autel Sainte-Anne, un saint Evêque dont le nom avait depuis longtemps disparu sous une épaisse couche de peinture, et qu'on prenait, tantôt pour saint Eloi, tantôt pour saint Goulven, vient enfin de révéler sa véritable identité. On lit sur le bord de son rochet, en caractères gothiques dorés :

S : GERMEN Y. LETI  : 1560.

Saint Germain en chape et mitre, tient de la main gauche une crosse dont la volute a disparu, et bénit de la main droite gantée de violet et ornée de deux anneaux, l'un à l'index, l'autre au médius. Cette statue manque un peu de mouvement.

Autels de Notre-Dame des Trépassés et de Saint Sébastien

Trois autels, ceux de N.-D., des Trépassés et de Saint Sébastien ornent la chapelle de Saint Jean-Baptiste. Leurs retables, soudés les uns aux autres, ne font pour ainsi dire qu'un seul panneau qui recouvre l'entière surface de la muraille à laquelle ils sont adossés. Le sculpteur n'y a guère laissé d'espace nu : tout y est occupé par les motifs de décoration les plus variés : colonnes lisses ou torses têtes de chérubins, feuillages, fleurs, etc., et le peintre y a jeté toute la gamme de ses couleurs. Toutefois, dans cet assortiment, l'or domine, ce qui donne à l'ensemble un aspect riche et majestueux.

De l'autel des Trépassés nous n'avons rien à dire, sinon qu'il doit occuper la place de deux autres autels, l'un dédié à Saint Goulven et l'autre à Saint Jean, d'après ce que nous apprend un contrat de 1660, conclu entre Yvon Joseph et Yves Traouez, fabriques de l'église de Trémaouézan, et Francois Madec et Hervé Masson, maîtres sculpteurs, demeurant, scavoir le dit Madec au moulin de Mésarnou, paroisse de Plounéventer et le dit Masson au village de Kersalomon, au treff de Trémaouézan, ces derniers s'engageant moyennant la somme de 156 livres « à faire une closture ou table à communiants en la dite église, les balustres de bois d'if et la table de bois de chêne, conforme à la closture de l'autel de Notre-Dame ou Saint-Sébastien, laquelle closture ira en droite ligne depuis la porte de la sacristie jusqu'au bout de l'autel de Saint Jan vers la chapelle de Mézarnou [Les seigneurs de Mésarnou,hériters des droits des Carman , avaient un ban dans la chapelle neuve] pour cerner deux autels sçavoir celle dédié à Saint Goulven et Saint Jan ...  »

Quelques fragments de cette clôture, remplacée depuis 1859 par une balustrade en fer, ferment aujourd'hui, au bas de l'église, la cage où descendent les poids de l'horloge.

Quant aux autels de Notre-Dame et de Saint Sébastien, ainsi que celui de Sainte Anne, que nous venons de quitter, une pièce conservée aux archives de la fabrique, donne à leur sujet les renseignements suivants  : 16 juillet 1652. « Marché entre Noël et Alain Le Guen, fabriques de l'église tréviale de Trémaouézan, assistés de Mre Yves Kermarrec, curé d'icelle, et Jacqueset Hervé Le Roux, maitres sculpteurs et peintres demeurant, savoir le dit Hervé Le Roux à Lesneven et Jacques à Landerneau, entre lesquelles parties a été fait marché par lequel les dits Hervé et Jacques Le Roux ont promis de faire bien et dument le retable avec la balustrade et marchepied requis, à l'entour de l'image de Mr Saint Yves au dit Trémaouézan, en même l'orme que le retable étant à l'entour de Mr lSaint Yves à Saint-Houardon ; plus promettent de faire un autre retable avec la balustrade du marchepied requis pour servir à l'image de Notre Dame de Trémaouézan, en même hauleur et largeur que le retable de Mr Saint Nicolas, à Saint-Houardon ; et outre promettent iceux Roux faire l'image de Madame Sainte Anne avec l'image de Notre Dame et de son petit enfant et leur chassis aussi de même forme que ceux de l'église des Sept Saints à Brest, [les]quels retables et images, et autres images étant à présent sur l'autel de Saint Yves au dit Trémaouézan, iceux Roux promettent bien et dument étoffer tant en or que autres couleurs, tout aussi que le dit dessein dont il sera fait. Item, seront les boisages de bois de chêne que les dits Roux fourniront et prendront sur les lieux et iceux poser en leur place dans le 8e jour de Décembre prochain. Le dit marché fait et accordé entre parties pour la somme de 345 livres ...

Fait au bourg de la Martyre, chez Madeleine Nicolas ...

Conditionné entre parties que l'image de Saint Yves sera posée plus haut que les autres images étant sur le même autel.  »

C'est Hervé Le Roux, le sculpteur de Lesneven qui a fourni les autels de Notre-Dame et .de Sainte Anne, comme le font voir les comptes : « Payé 40 sols pour charroyer le retable de Notre-Dame, de Lesneven. - Item, délivré à Hervé Le Roux pour le premier terme de l'acte qui est entre le dit Roux et fabrique, nonante livres, sur les deux autels et l'image de Sainte Anne.  »

On a pu remarquer que, dans le contrat ci-dessus rapporté, il est question de faire un retable pour encadrer une image de Saint Yves déjà existante. Le Curé, M. Yves Kermarec, voulait même donner à son saint patron une place éminente parmi les autres saints qui étaient sur l'autel. Ce projet n'a pas été exécuté, du moins pour ce qui est de l'autel de Saint Yves qui s'est mué en un autel de Saint Sébastien, ainsi qu'on le constate par un contrat du 21 Novembre 1652, le contrat de donation de Maudetz Paige, frère et héritier de Mre Alain Paige, prêtre de l'église de Trémaouézan. Paige lègue à la fabrique un champ à Crélin, en Ploudaniel, « moyennant service et pierre tombale en la dite église de Trémaouézan, auprès de l'autel de Saint Sébastien.  » Quant à la statue de Saint Yves, elle a, croyons-nous, trôné longtemps dans les hauteurs du retable du dit autel, à la place occupée aujourd'hui par un saint à grande tonsure, vêtu d'une robe blanche et d'un manteau vert. Mais elle a dû être comprise dans la proscription qui a atteint, voilà un certain nombre d'années, quantités de vieilles statues en bois que l'on jugeait trop délabrées pour demeurer plus longtemps à l'église et qui, en conséquence, ont subi le supplice du feu.

Signalons parmi les statues qui ont échappé à cette triste fin :

Un Saint-Jean-Baptiste avec sa croix et son agneau. Il est vêtu d'une malheureuse robe en peau ou en poil de chameau à laquelle on aurait pu ajouter avec avantage le complément dont parle l'Evangile. (St Matth. III, 4 ; St Marc, I, 6). Il a l'attitude de quelqu'un qui porte la parole, et, d'après l'air de sévérité répandu sur son visage, il doit apostropher les pharisiens. Quant à l'agneau, il ne paraît nullement intimidé par les éclats de voix du prédicateur, car il se dresse avec une belle confiance contre les genoux de son maître.

Un Ecce-Homo de 0m95, au torse développé et aux membres inférieurs grêles, vêtu d'une loque rouge et les mains liées par une grosse corde.

Un Saint-Joseph de 0m90, portant l'Enfant-Jésus qui tient une pomme dans la main gauche et tend la droite vers le ciel.

Un Saint-Herbot, vieillard au visage placide, en robe et en manteau à capuchon, un chapelet pendu à la ceinture, tenant de la main gauche un livre et de la main droite un bâton à potence.

Un Saint-Sébastien de 0m75. Cette statue, de médiocre exécution, a remplacé une autre en Kersanton dont les jambes sont cassées et qui doit être du XVe siècle. Sur le tronc de l'arbre auquel le martyr est attaché, on lit en lettres gothiques :

H. URGOAS F

Il est bien fâcheux que cette statue ne puisse plus figurer à l'église, car elle est d'une grande beauté.

Statue de Notre-Darne de Trémaouézan

Le retable de l'aulel qui touche à la porte de la Sacristie a été construit, on l'a vu, ( pour servir à l'image de Notre-Dame de Trémaouézan, qui, auparavant, se trouvait «au bout du grand autel.  »

Cette belle image, de grandeur naturelle, en Kersanton polychrome, représente Notre-Dame assise sur un trône, ceinte d'une couronne de marquis et tenant un sceptre de la main droite, pendant que de la gauche elle soutient son divin Enfant sur ses genoux [Cette Vierge-Mère a été classée parmi les monuments historiques le 4 décembre 1914, et, avec elle, les Apôtres du porche et le Catafalque. L'église et l'ossuaire ont été classés quelque temps après].

Quel âge assigner à cette statue? Elle n'est certainement pas postérieure au XVe siècle. L'ovale du visage, la forme des plis de la robe et du manteau, les chaussures à bouts pointus, la bordure en quatre-feuilles du socle, et les dessins des fenêtres qui ornent les deux côtés du trône, ne permettent aucun doute à cet égard.

En plus de cette image et d'une statuette en bois, de 1736, que l'on porte en procession le premier dimanche de chaque mois, Notre-Dame de Trémaouézan est encore représentée par cinq autres statues, celle du choeur dont nous avons parlé, deux au porche, une au-dessus de la porte de la tour, et une autre qui est adossée au Christ, sur la croix du cimetière. Chose curieuse, dans toutes ces représentations de Notre-Dame, sauf dans celle du portail Ouest, qui n'est d'ailleurs là que depuis la réfection du clocher, il y a une pomme qui est tenue tantôt par la Vierge, tantôt par Notre-Seigneur, et même, au fronton du porche, la Mère et l'Enfant tiennent chacun un fruit.

Ce fruit, point n'est besoin de le dire, rappelle la faute de nos premiers parents. Mais nous croyons que dans le cas qui nous occupe, ce n'est pas là sa seule signification. La Madone de Trémaouézan est appelée dans les plus vieux papiers de la fabrique «Notre-Dame de la Mercy » et, si haut que nous avons pu remonter, nous avons trouvé une confrérie de ce nom établie dans la trève. Nous sommes même persuadé que l'église actuelle a été fondée sous ce vocable.

L'ordre de la Merci ayant été institué pour la délivrance des chrétiens tombés au pouvoir des Maures, la pomme aux mains de N.-D. ou de son divin Fils peut avoir cette double signification : à la porte du porche, c'est la Sainte Vierge qui tient le fruit fatal ; elle l'offre à Notre-Seigneur, comme pour solliciter de lui le patronage de l'oeuvre de la Merci. A l'intérieur, le fruit est passé aux mains de Jésus, et N.-D. tient un sceptre, comme pour laisser entendre que la grâce demandée a été accordée [Noter que la Vierge du porche et celle de l'intérieur de l'église sont de la même époque, et que, par conséquent, ce ne doit pas être sans raison qu'on leur a donné une attitude différente].

Autres pièces du mobilier

Le P. Cyrille note que l'église de Trémaouézan avait « la sacristie bien meublée de riches ornements et argenterie ». De ce qu'il a vu il ne subsiste rien, et, des objets de quelque valeur qui furent acquis après son passage jusqu'à la Révolution, il n'est resté qu'un calice en vermeil, un élégant coffret en argent qui sert à renfermer les Saintes-Huiles, - l'un et l'autre de 1778 - et deux petites custodes en argent servant à porter la communion aux malades, dont l'une porte la date de 1782.

La croix d'argent doré pour «bâtir », laquelle on paya à Mr l'orfèvre de Landerneau 458 l. en 1648 et 334 l. 10 sols en 1650 ; les quatre calices qu'on fit « accommoder chez M. P., de Landerneau », moyennant la somme de 115 livres, tous ces trésors, ainsi que la châsse d'argent des saintes reliques, ont disparu. Les révolutionnaires les ont trouvés à leur goût et en ont fait leur proie.

Les mauvais jours passés, on reconstituera peu à peu le mobilier de l'église et de la sacristie, mais il sera loin d'avoir la richesse de l'ancien. Notons, pour mémoire, l'achat, en 1808, d'une croix payée 300 l. à M. Rahier, commis-voyageur  ; en 1837, au même, un ostensoir 360 fr. ; en 1840 un calice 250 fr. ; en 1848, un ciboire 200 fr. et une lampe 200 fr., et en 1855, un dais de procession 800 fr. Le confessionnal assez remarquable qui se trouve dans la chapelle Saint-Jean, est de 1847 ; celui du bas de l'église, de 1882.

Annexes de l'Église

Ossuaire

A une trentaine de mètres au Sud de l'église, bordant le mur d'enceinte du cimetière, est un ossuaire gothique de forme rectangulaire, avec pignons munis de crossettes et animaux symboliques au bas des rampants, : lion, chien, loup, dragon. La façade Nord de l'édifice est percée de quatre «arcades à anse de panier, et, d'une porte élégante encadrée d'une riche accolade soutenue par deux anges qui tiennent les deux légendes suivantes en caractères gothiques » [Bull. Dioc, T. II, p. 96], l'une en français, l'autre en breton. Les voici exactement :

Bone  : gent  : que  : ycy  : passes Prie  : Dieu  : pour  : le  : trepasses Gant  : Doue  : han  : bed  : milliget eo Nep  : na  : lavar  : mat  : pe  : na teo.

Ce qui signifie :

De Dieu et du monde maudit est Qui ne dit le bien ou ne se tait.

L'édifice, qui doit être du XVIe siècle, est actuellement en fort mauvais état. Les travaux de nivellement de la route qui passe à le toucher, en ont déchaussé les fondations, et le percement récent d'une porte dans le mur Sud a fait apparaître sur les pignons d'inquiétantes lézardes.

Malgré son délabrement et le macabre usage pour lequel il a été fait, l'ossuaire a servi de maison de ville en ces tous derniers temps. Nos braves édiles n'ont pas craint de se livrer à des délibérations utilitaires dans le séjour des morts. Ils n'ont cependant pas osé y entrer par le chemin des trépassés : ils ont aveuglé la porte qui donne sur le cimetière et, prudemment, ils se sont ménagé une sortie de l'autre côté.

Croix

Entre l'ossuaire et l'église s'élève une Croix-Calvaire qui a eu jusqu'ici une existence assez tourmentée. M. de Kerdanet a lu sur sa base, il y a quelque quatre-vingts ans : « L'an mil cinq cent trente. Rect. Marhec  ». En 1686, on fit marché « avec Prigent Kermarec, architecte, pour l'accomoder  » . En 1702, elle eut encore besoin de réparation, car elle , avait été « cassée  » par la tempête qui abattit le clocher. On paya alors « à Jean Morvan, pour avoir accommodé et replacé les images de la dite croix, 18 livres  » . Les révolutionnaires la renversèrent à leur tour, et elle ne fut relevée qu'en 1808 par Ollivier Patogé, qui reçut 68 l. pour son travail. Enfin, en 1877, elle était encore en assez mauvais état pour exiger une importante réparation qui fut confiée à M. Goulard et coûta environ 800 fr.

Cette croix porte sept statuettes sur son embase : deux saintes-femmes adossées à Saint-Pierre et à Saint-Paul ; aux extrémités, Saint-Jean et Sainte-Marie-Madeleine qui sont modernes, et, derrière le Christ, une charmante Vierge-Mère.

En plus des croix qui, on l'a déjà dit, rappellent le passage des Normands, et des Templiers, la paroisse de Trémaouézan en a encore d'autres sur son territoire : une, au bourg, au lieu dit Bec-ar-Groas, et qui est de 1806, d'après une mention dans les comptes de cette année : « A François Billon, pou ravoir levé et accomodé une croix près du cimetière ... 37 l.  » ; deux sur la vieille route de Landerneau : ar Groas-Vras ou Croas-Nevez, dont parlent les comptes de 1668, et ar Groazic-Ver ou Croix de la Fontaine Blanche, ainsi nommée dans les comptes de 1665 ; deux à l'entrée des villages de Kergaro et de Kerlohou (ar Groas-Ven), et une autre, non loin de Kergunic, sur la route de Plounéventer. Ces croix ne portent ni inscriptions ni sculptures.

Quelques-unes de ces croix paraissent être assez vieilles pour être de celles que S. Budoc érigeait par les bourgs et sur les chemins du Léon [A. Le Grand, loc. cit., p. 111, et 755.], ou du moins de celles dont le IXe siècle couvrit, dit-on, le sol de notre Bretagne. D'autres sont certainement plus jeunes et dateraient, peut-être, du temps de Rolland de Neufville [Evêque de Léon, de 1562 à 1613], cet évêque de Léon qui fit ériger 5.000 croix dans les chemins et carrefours de son diocèse, afin, disait-il, que les fidèles rencontrassent partout les signes augustes de notre rédemption.  ».

Enfin, à deux petits km. au Nord-Est du bourg de Trémaouézan, au recoupement des routes de Saint-Méen et de Trégarantec, se dresse une croix gothique, montée sur un piédestal de 0m90 de côté, et ayant 2m10 de hauteur.

Au haut du fût, sont deux blasons au chef endenché. Ce sont les armes des Penancoët, seigneurs de Quillimadec, qui portaient d'argent au chef endenché de gueules. Chose curieuse, le Christ, ici, est tourné vers Coatrez et Quilimadec, manoirs des Penancoët, plutôt que vers l'une ou l'autre des routes qui se croisent à ses pieds.

Cette croix porte le nom de Croas-ar-Receour (croix du Receveur), vraisemblablement parce que c'est sous le regard de son Christ que se percevait jadis la dîme des seigneurs ou celle de l'église [Opinion de l'abbé Simon, recteur de PIounéventer, qui est certain que, dans la paroisse de Landelau, en Cornouaille, la dîme se percevait au pied d'une croix].

Qu'on nous permette, avant de clôre ce chapitre, de faire une excursion sur les territoires de notre ancienne mère-paroisse, Ploudaniel, pour signaler aux archéologues une magnifique croix de granit que l'on rencontre auprès du village de Kerléau, sur le chemin qui relie le bourg et Ploudaniel à ce village, tout près de la route de Trémaouézan à Trégarantec.

Cette croix, connue sous le nom de Croaaz-Nuz, est d'un seul bloc et mesure, sans compter son soubassement, 2m60 de hauteur. Sur l'une de ses faces est un écusson fruste et, au-dessous, une superbe épée, longue de 0m95, la pointe en bas. Sur l'autre face, un bouclier, en forme d'écu allongé, surmonté d'une croix de Malte.

Croaz-Nuz se trouve à environ 4 km. de la vieille motte féodale de Lan-Nuz, qui a porté autrefois, pensons-nous, le château des Nuz de Plounéventer. Ces seigneurs blasonnaient d'azur à l'épée d'argent garnie d'or, posée en bande, la pointe en bas, accostée de deux quintefeuilles d'or. Don Morice (preuves, l, 1120) rapporte qu'en 1296, Hervé de Léon, Seigneur de Chateauneuf, et ses fils Henri VI et Guillaume de Hacqueville, furent accusés du meurtre de Mre Alain Nuz par Mestres Yves et Salomon Nuz, ses frères, et Pierre, dit Prévost de Kerahez, mari de Marguerite, soeur dud. Alain. La croix de Nuz ne rappellerait- elle pas le drame sanglant dont parle Dom Morice?

La Fontaine de Saint Jean=Baptiste

Une promenade d'environ deux cent mètres, dans la direction N.-O., vous mène du bourg de Trémaouézan à la fontaine Saint-Jean que les pèlerins d'autrefois ne manquaient jamais de visiter, après avoir vénéré à l'église la relique du saint-Précurseur.

Entourée d'un enclos carré de cinq mètres de côté, la source alimentée deux bassins rectangulaires dont les eaux vont se déverser dans un lavoir extérieur. Sur le côté Ouest de l'enceinte, un petit édicule abrite une belle statue, en pierre, de Saint-Jean. Le saint tient de la main gauche un livre sur lequel est couché un agneau et bénit de la main droite les eaux de la fontaine qui sourd à ses pieds. Sous la niche, une pierre en forme de tombeau d'autel, ornée d'une tête d'ange, porte la date de 1656.

Comme on peut s'en apercevoir par la photographie reproduite ci-contre, le monument de Saint Jean est un assemblage assez singulier de maçonnerie grossière et de pierres finement sculptées. C'est qu'on n'a devant soi qu'une restauration exécutée avec peu de soin à l'époque relativement récente où l'on a construit le lavoir. Le dais gothique de la niche et le fleuron feuillagé qui couronne l'édicule proviennent, soit des parties de l'église qui ont été démolies lors des agrandissements, soit d'une autre fontaine dont il nous faut dire aussi un mot pour mémoire.

Fontaine de Notre-Dame

Elle se trouvait à quelques mètres au N.-O. de l'église, sur le bord droit de la route qui conduit du bourg à la gare. On la trouve mentionnée, avec la fontaine Saint-Jean, dans les comptes de 1720. « Payé pour accommoder la fontaine de la Vierge et Saint-Jean, 8 livres 8 sols. »

Cette fontaine avait la réputation d'opérer des cures merveilleuses et attirait toute l'année d'innombrables pèlerins, mais aussi, paraît-il, quantité de mendiants. Quelques-uns de ceux-ci estimaient même la place si bonne, qu'ils avaient bâti des huttes et des maisonnettes dans un petit bois à côté de l'église et s'y étaient installés à demeure. La Révolution vint et trouva là le prétexte qu'elle cherchait pour faire fermer la fontaine. Elle représenta que la présence de ces mendiants, infectés de plaies, constituait un grave danger pour la santé des habitants et que la fréquentation de la fontaine était en grande partie cause de la cherté des vivres dans la région! et elle la fit combler.

Il ne paraît pas que les agents révolutionnaires aient réussi à convaincre la population de Trémaouézan de l'utilité de leur entreprise contre la fontaine de Notre-Dame, et c'est certainement à cause des sentiments. hostiles qu'on leur montra qu'ils se bornèrent, d'après ce que l'on dit, à ensevelir l'édicule sous une épaisse couche de terre, sans trop l'endommager, non plus que la grille en fer forgé dont il était entouré. Si donc les souvenirs des habitants sont fidèles, on retrouverait le petit monument à peu près intact.

Vieilles Coutumes

Processions

Le P. Cyrille nous apprend que de son temps, Trémaouézan était un célèbre lieu de pèlerinage, où se donnaient rendez-vous les populations circonvoisines, surtout en temps de peste et de maladies contagieuses.

Nos archives, hélas, ne contiennent rien qui puisse nous renseigner sur le « grand nombre de preuves indubitables  » des faveurs accordées par la Sainte Vierge aux pieux visiteurs de sa chapelle. Les gens du pays chiffrent volontiers par milliers - un miracle par jour, disent-ils, s'accomplissait à la fontaine de Notre-Dame - les grâces insignes obtenues par l'intercession de la Madone de Trémaouézan, mais, en fait de souvenirs précis, ils n'ont gardé que celui du prodige qui se rattache à la construction de la chapelle neuve. Les comptes, cependant, confirment à leur façon. malheureusement par trop briève, les dires du P. Cyrille touchant la dévotion de la région d'alentour à N.-D. de Trémaouézan. Grâce à eux, nous savons qu'au grand pardon de N.-D. qui se célébrait le dernier dimanche d'Avril, prenaient part les processions des trois paroisses de Landerneau (Saint-Houardon, Saint-Thomas et Saint-Julien), ainsi que les processions de Ploudaniel, Plounéventer et Plouédern, et quelquefois celle de Lanneufret. Notre-Dame recevait encore la visite de processions étrangères, en dehors du jour de son pardon, par exemple, de celle de Plouédern, à la fête du Sacre, de Landerneau qui, en 1647. y vint « en procession extraordinaire pour demander du beau temps  », de Plounéventer, qui s'y rendit avec ses reliques, en 1730.

Le pardon du mois d'avril, le grand pardon. qui faisait autrefois accourir des milliers de pèlerins aux pieds de N.-D., a été supprimé voilà un certain nombre d'années et remplacé par le pardon de Saint Jean-Baptiste, qui n'est cependant ni patron ni titulaire de l'église.

De leur côté, les tréviens se rendaient, chaque année, en procession solennelle à la mère-paroisse, au jour de la fête du patron, Saint-Guinien ; ils visitaient aussi deux autres paroisses qu'on ne nomme pas, mais qui ne peuvent être que Plouédern et Plounéventer.

Reliques

Ce qui attirait les foules à Trémaouézan, c'était évidemment les nombreuses grâces que Notre-Dame y distribuait, mais c'était aussi les saintes reliques qu'on y gardait : «Heureuses, dit M. de la Borderie, les églises en possession de reliques illustres ; sans cesse elles voyaient de pieux visiteurs remplir leur enceinte et vénérer leur sanctuaire.  »

En fait de reliques illustres, l'église de Trémaouézan n'avait rien à envier aux sanctuaires voisins, puisqu'elle détenait une relique notable de Saint Jean-Baptiste et une autre de Saint Goulven. Ces vénérables restes existent toujours.

La relique dite de Saint Jean est un fragment d'humérus droit dont l'épiphyse inférieure est dégradée et dépourvue de son épicondyle. L'os mesure 20 cm 1/ 2. Il est percé sur toute sa longueur d'une quinzaine de trous remplis par des épingles en laiton qui ont apparemment servi à le fixer dans une gaine de soie ou de velours. Le reliquaire qui le contient est une petite boîte en bois de forme rectangulaire recouverte de velours rouge, portant sur l'une de ses grandes faces : St lAN BAPT  ; et sur l'autre : L 'AN 1801.

La relique de Saint Goulven, longue de 11 cm 1/ 2, est la partie supérieure de l'humérus droit, présentant nettement la gouttière bicipitale. Elle est renfermée dans un modeste coffret en zinc peint, sur lequel on lit cette inscription : RELIQUES DE SAINT GOULVEN.

Voici d'après une pièce conservée aux archives de l'évêché de Quimper, dans quelles conditions ces reliques ont traversé les plus mauvaises années de la période révolutionnaire :

8 février 1805.

A M. Larchantel, grand vicaire de Quimper - à Quimper. Monsieur, Pendant la Révolution, j'avais mis les boëtes des reliques de Saint Jean-Baptiste et de Saint Goulven, évêque, dans une maison particulière. La colonne mobile arriva pour faire la fouille, et on mit les boëtes en terre ; on les y laissa trois ans, de façon que les bulles ou indults qui étaient dans les boïtes pourrirent tout à fait ; on a conservé les reliques et on a fait des boites neuves. Je vous demande si je puis les exposer à la vénération du peuple ; j'ose même vous prier de demander à Monseigneur l'Evêque un indult qu'on pourra poser dans les boëtes comme il y avait auparavant, crainLe que dans la suite on pourrait en douter, faute de trouver les pièces authentiques...

Ayez la bonté de me donner un mot de réponse, si le tems vous le permet, pour me tirer d'embarras et soyez persuadé que je suis avec les sentiments très soumis et très respecteux,

Monsieur, Votre très humble et très dévoué serviteur, G. HUGUEN, desservant de Trémaouézan.

Comment ces reliques sont-elles arrivées à Trémaouézan? Les bulles ou indults dont parle la lettre de M. Huguen et qui ont si malheureusement péri nous l'auraient peut-être appris. Après cette perte, nous ne pouvons que nous livrer à des conjectures.

Ce qui nous paraît le plus probable touchant la relique de Saint Jean, c'est qu'elle a été apportée de Palestine au temps des Croisades par un seigneur appartenant à l'une des nobles familles qui ont bâti l'église de Trémaouézan qui a précédé celle-ci, seigneur qui faisait sans doute partie de l'Ordre du Temple ou de l'Ordre de Malte.

Pour ce qui est des reliques de Saint Goulven, une hypothèse est vraisemblable. On a vu que les Penmarc'h ont été les fondateurs de notre église. Or les droits de l'église de Goulven étaient entre les mains de ces seigneurs « qui s'intitulaient sires et barons de Goulven dont ils avaient la pleine mouvance ». Cela étant, n'est-il pas permis de croire que les seigneurs de Penmarc'h auront facilement obtenu une partie des restes de Saint Goulven pour en enrichir leur chère église de Trémaouézan? [En 1533, dit Dom Plaine, le B. Yves Mahyeuc, évêque de Rennes, retira de la châsse de Saint Goulven un os du bras pour en gratifier la paroisse de Goulven dans le Léon. II y eut sans doute d'autres distributions du même genre sur lesquelles nous manquons de renseignements, mais qui diminuèrent d'autant le précieux trésor des reliques de saint Goulven. « (Bulletin de la Soc. Archéol. du Finistère, 1890, p. 31]

Nombreuses étaient les fêtes où les reliques de la trève étaient exposées. Aux jours de grande affIuence, on les descendait jusque sous le portail de l'église, ou toute une installation les protégeait contre vent et pluie. Inutile d'ajouter qu'elles étaient de toutes les procession solennelles ; on les voit même, certaines années, faire le voyage du Folgoët, pour la fête du huit septembre. Le plus souvent, on se contentait de les transporter sur les roules fréquentées des pèlerins.

Lors de la grande fête du Folgoët et durant la foire d'une semaine qui la suivait, un prêtre et un des marguilliers en charge s'en allaient offrir une partie de ces reliques à la vénération des passants sur la route royale de Landerneau à Lesneven, auprès du hameau du Penfrat, à un km. au nord de la chapelle de Saint-Eloi. Pendant le même temps, un autre prêtre avec le second marguillier, se tenait sur la route de Trémaouézan à Ploudaniel et au Folgoët, à l'entrée du marais de Langazen, à l'endroit où un petit abri portait le nom de Ti-ar-Rélégou (maison des reliques).

Le 14 septembre, jour de l'Exaltation de la Sainte-Croix, avait lieu à la vieille chapelle de Lochrist, en Plounévez, un autre pardon qui attirait presque autant de monde que celui du Folgoët et, comme la route qui mène de Landerneau à Lochrist passe sur le territoire de Trémaouézan, un peu à droite du bourg, les reliques de la trève sortaient encore, et cette fois, on les plaçait au pied d'une des croix qui bordent le chemin, tantôt auprès de Croas-ar- Feunteun-Ven, tantôt auprès de la Croix-neulve, contre le soubassement de laquelle une grande pierre plate servait d'autel pour les déposer.

Celte route de Landerneau à Lochrist est semée de croix. On en rencontre au moins treize, de toutes formes et de toutes dimensions, dans la portion de chemin qui s'étend de Landerneau jusqu'à Saint-Méen, c'est-à-dire sur un espace d'environ douze kilomètres.

Quelques-unes des plus anciennes ressemblent aux vieilles croix de Trémaouézan qui sont aussi, du reste, sur cette route et portent. comme elles, en leur centre la croix orientale inscrite dans un cercle. II est possible que les Normands, débarqués sur la côte du Léon. aient suivi cette voie dans leurs incursions. vers Landerneau.

Quoiqu'il en puisse être, il semble que ce n'est pas sans intention qu'on y a planté tant de croix. Le pardon de Lochris était en effet le pardon de la croix. Le chemin dont nous parlons, qui voyait chaque année passer d'immenses multitudes de pèlerins, était donc un vrai Chemin du Calvaire, dont les croix que l'on trouve de kilomètre en kilomètre étaient les étapes. Nul doute que le Christ de la dernière Station ne fût grandement secourable aux pauvres gens qui avaient tant de fois prié et pleuré en chemin, au souvenir de sa passion...

Le saint-Précurseur était invoqué à Trémaouézan, comme à Saint-Jean-du-Doigt, à Plougastel, à Saint-Jean-Botlan, en Edern et en plusieurs autres lieux du Léon et de la Cornouaille, pour les maux de la vue. Après avoir prié devant les reliques du saint, les pèlerins de Trémaouézan se faisaient appliquer sur les yeux deux boules en cristal ayant la forme du globe oculaire, et qu'on appelait Billiennou-Sant-Yan (billettes de Saint Jean). Ces billettes existent toujours, mais l'usage qu'on en faisait a cessé depuis quelques années.

Aujourd'hui, Saint-Jean ne reçoit plus d'honneurs particuliers à Trémaouézan, si ce n'est le jour de son pardon, qui a, comme on l'a dit, supplanté l'antique pardon de Notre-Dame. La veille de la fête, le feu traditionnel auquel chacun apporte sa bûche ou son fagot, s'allume à côté de la fontaine du saint. On n'a pas manqué de se munir de l'herbe de Saint Jean (la joubarbe) ; on la passe sur les flammes, on s'en frotte les yeux, après quoi, elle est rapportée à la maison et conservée dans la famille avec autant de soin que le bouquet de laurier ou de buis du dimanche des Rameaux.

Le Vin de Pâques

Un autre usage d'autrefois et qui a depuis longtemps disparu, consistait à donner un peu de vin aux fidèles après la communion, du moins aux jours de grandes fêtes. (Ici on n'en donnait que pendant Je temps pascal, aux jours de grande affIuence à la Sainte-Table). On en trouve de fréquentes mentions dans les comptes : Les comptables « ont acheté du vin, selon l'ancienne coutume, pour donner aux habitants de la trève après avoir été communiés, le jeudi absolu (jeudi saint), le dimanche de Pâques et le samedi blanc  » (le samedi après Pâques). 1664.

« Il ne faudrait pas conclure de ce vin donné pour la communion, que la communion sous les deux espèces fût en usage en Bretagne ; mais à Pâques et aux principales fêtes de l'année, l'on donnait aux fidèles qui avaient communié un peu de vin, comme c'est encore l'usage pour les ordinands.  » (Bullet. Dioc., II 244).

Quenouille

Le pays de Léon étant jadis grand producteur de lin, ce précieux textile vient en bon rang dans la liste des offrandes que l'on relève dans les vieux comptes de nos églises. Celle de Trémaouézan recevait des bottes, des poignées, des paquets, des quenouillades de lin, - ainsi disent nos marguilliers - presque tous les dimanches et fêtes de l'année. Le fil ainsi recueilli était vendu tous les deux ans et produisait une somme variant entre cinquante et soixante livres.

L'usage voulait que chaque famille offrit une petite part de sa récolte de lin à l'église, et les ménagères étaient invitées à faire leur offrande d'une façon assez originale. On peut d'ailleurs en parler au présent, car la vieille coutume existe toujours. Chaque année, aux trois premiers dimanches de Janvier et d'Août, un marguillier qu'on appelle le fabricien de Sainte Anne, prend une quenouille garnie de lin et ornée d'un ruban de soie bleue, et tout en faisant sa quête parmi les fidèles, il touche légèrement de la hampe de la quenouille quelques-unes des ménagères qui assistent à l'office. C'est ainsi que l'on rappelait jadis que le temps de faire l'offrande de lin était venu. C'est, aujourd'hui qu'on ne cultive plus cette plante dans la paroisse, une discrète invitation à participer à l'offrande du pain bénit qu'un marguillier distribue tous les dimanches pendant l'office. La pratique que nous signalons existe encore, mais avec quelques variantes dans la forme, dans plusieurs paroisses du Léon et de la Cornouaille.

Rites Funèbres

Quelques rites funèbres usités à Trémaouézan et, sans doute, dans d'autres paroisses du diocèse, sont aussi à noter. Ils témoignent de la profondeur des sentiments chrétiens chez nos Bas-Bretons, et du souci qu'ils ont du salut éternel de leurs trépassés.

Assistant un jour à la mort d'un homme de notre paroisse, nous fûmes singulièrement édifié de voir, aussitôt le décès constaté, la veuve faisant trêve à la douleur, venir s'agenouiller sur la pierre du foyer, à la place qu'affectionnait son cher défunt et réciter lentement le De Profundis. Quand elle eut fini, les personnes présentes, en commençant par les plus proches parents du décédé, répétèrent la même prière. Ce n'était là que le prélude des longues exorations qui se font dans ce pays, à la veillée d'un mort, jusqu'à l'heure du convoi.

Quand, un instant avant le départ pour l'église, vous quittez la maison mortuaire, une personne, à la porte, vous présente de l'eau bénite et vous invite à vous signer : réminiscence peut-être des temps lointains où la Loi obligeait à se purifier les Juifs qui avaient subi le contact d'un cadavre.

Lorsqu'un convoi funèbre, se dirigeant d'un des hameaux de Trémaouézan vers le bourg paroissial, passe à côté des croix du chemin, le cortège s'arrête et les porteurs du corps s'approchant de ces croix, y font toucher le cercueil. La même cérémonie se répète au pied de la croix du cimetière. C'est le dernier baiser au Christ, le suprême hommage rendu ici-bas à l'image vénérée auprès de laquelle on aura passé tant de fois en murmurant une prière, un humble et suppliant appel à la clémence du Juge.